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cimetière militaire d' Etaples

cimetière militaire d’ Etaples

John Lavery cimetière d' Etaples 1919

John Lavery cimetière d’ Etaples 1919

La haute dune les abrite
Dans un silence de mort
A l’ entrée une guérite
Le registre des morts

Elle serait rassurante
Cette armée alignée
Allongée
Sur cette douce pente
Parmi l’ herbe rasée

Si l’ on ne savait
Les corps enchevêtrés
Démembrés
Eventrés
Gueules cassées
Sang versé
Sous terre

C’ était hier
Ils ont appelé leur mère
Stupéfaits de leur sort
Au moment de la mort

On les a ramassés
Triés
Classés
Nommés
Ces pauvres corps mutilés

Proprement enterrée
Une armée immobile
Pour l’ éternité

Si proche de l’ enfance
Et sous la stèle blanche
Cent ans après
Son décès
Y-a-t-il une famille
Pour pleurer encore
Le jeune mort

Celui
Qu’ aujourd’ hui
Je choisis
Pour déposer la frêle croix
De bois de balsa

A l’ intersection
De ses branches
En commémoration
Remembrance
Le coquelicot
Comme une tache de sang
La première fleur des champs
A éclore sur les hommes au cordeau
Gisants.

(copyright)

John Lavery, artiste irlandais (1856-1941) a peint le cimetière militaire d’ Etaples à la sortie de la guerre, en 1919.
Ce n’ était alors qu’ un alignement sommaire de sépultures dans la campagne, les dunes, au-dessus de la ligne de chemin de fer Paris-Boulogne.
On distingue le sable et les simples croix de bois.
Quelques années plus tard, la British War Graves Commission, en charge des cimetières militaires, regroupa les sépultures, dessina
le cimetière, avec les stèles, les espaces verts, les arbres, tel qu’ on peut le visiter de nos jours.


11 novembre, onzième jour du onzième mois à 11h11, deux minutes de silence en souvenir de l’ Armistice de la Grande Guerre et de ses millions de victimes .

Dans le Commonwealth, le symbole des victimes militaires, de leur souvenir et de notre reconnaissance est le coquelicot, le poppy . On dit aussi d’ ailleurs le Poppy Day .

Le lieutenant-colonel canadien John McCrae a composé un émouvant poème le 3 mai 1915 en hommage à l’ un de ses hommes qui venait de mourir au combat, « In Flanders Fields » . Il y est fait allusion aux coquelicots qui poussent parmi les rangées des tombes des soldats et cette image restera comme le symbole des morts au Champ d ‘Honneur .

On se souviendra de ce livre magnifique de Michel Quint « Effroyables jardins » où il est fait allusion à ces champs de bataille et aux coquelicots qui poussent ensuite sur les morts .

( Effroyables jardins est une expression de Guillaume Apolinaire qui a combattu pendant cette guerre et fut gazé)

On peut aussi bien, y voir l’ image symbolique du sang des soldats, répandu en taches rouges comme des fleurs dans un champ .

La chanson interprétée par Marcel Mouloudji  » Comme un petit coquelicot » reprend cette image du sang versé .
.

In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the dead. Short days ago,
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved and now we lie
In Flanders fields

Take up our quarrel with the foe:
To you, from failing hands, we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields
.

Dans les champs de Flandres, les coquelicots éclosent parmi les croix alignées qui marquent notre emplacement …

Nous sommes les morts . Il y a quelques jours nous étions vivants, on ressentait l’ aube, on voyait les lueurs du soleil couchant, nous aimions et nous étions aimés et maintenant nous gisons dans les champs de Flandres .
.

Tous les ans, en Grande-Bretagne, au profit des oeuvres pour les militaires, on achète des coquelicots en papier à agrafer sur nos vêtements, des petites croix de bois léger avec un coquelicot à la croisée des branches et maintenant également des pins coquelicot . Et nous sommes fiers d’ arborer ces insignes de mémoire solidaire et de gratitude .
.

Chaque année, au mois de novembre, je vais au cimetière britannique militaire d’ Etaples, Pas-de-Calais, en France, sur la route de Boulogne .

Il s’ agit du plus grand cimetière britannique en France, sur six hectares, près de douze mille tombes de jeunes gens, tombés essentiellement pendant les combats effroyables de 1917 pour défendre la zone nord, belge et française, derniers remparts avant la mer avec les ports d’ Etaples, Boulogne, Calais et Dunkerque et défenses des fronts de l’ Artois et de l’ Yser et du réseau ferroviaire Nord .

Le gouvernement belge, alors, était venu se replier d’ Ypres au Touquet, face à Etaples, où « le jardin d’ Ypres », rappelle au promeneur cette période de solidarité .

On mesure l’ importance stratégique de cette région et la volonté de la défendre « à tout prix » humain .

Ce cimetière fut inauguré le 14 mai 1922 par le roi George V .

Il se tient à l’ emplacement du plus grand camp d’ entrainement de l’ armée britannique en Europe, 80 000 militaires s’ y entrainaient . Il avait la réputation d’ être d’ une dureté insoutenable et une mutinerie fit de nombreuses victimes .

Des hôpitaux militaires actifs avoisinaient le camp .

Le cimetière est sur la rive nord de la Canche, il surplombe la baie, situé sur une haute dune par ailleurs à l’ état sauvage .

L’ entrée est impressionnante, on passe entre deux hauts cénotaphes de pierre claire, surmontés chacun de quatre drapeaux de pierre, en berne . ( architecte sir Edwin Luytens )

Et déjà, on est comme pétrifié . A perte de vue, des milliers de stèles alignées, blanches sur le gazon vert , en pente douce vers la Canche . On a envie de pleurer .

Cette organisation toute militaire nous interdit de considérer cette démarche comme romantique .

Comment ne pas se sentir les parents de ces gamins de vingt ans, nés tellement longtemps avant nous, pourtant .

Ils sont morts pour nous, on ne peut plus les protéger mais on voudrait protéger leur souvenir .

Il y a des femmes parmi ces inhumés, le carré des « nursing sisters », en effet, elles étaient nombreuses à se dévouer dans les pires conditions, dans les importants hôpitaux militaires également à cet emplacement .

Et, tristement, si tristement, la tombe singulière d’ un chinois, derrière un bosquet de bambous planté pour l’ honorer, lui qui est venu mourir si loin de chez lui .

On considère qu’ il y eu plus de deux mille chinois à mourir ainsi . La plupart n’ étaient pas des militaires mais des civils engagés pour la main d’ oeuvre nécessaire .

Et, tous les ans, j’ aime aller seule, en novembre, ficher dans la terre, au hasard, les croix de bois que j’ ai rapportées de Londres .

Ce lieu n’ est pas oublié, on voit à longueur d’ années, des véhicules essentiellement britanniques, stationner devant les majestueux cénotaphes . Certains cependant, viennent d’ outre Atlantique, en effet, il y a plus de mille tombes canadiennes .

REMEMBRANCE DAY


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