happy days

Archive for the ‘Le Challenge Bloomsbury Group’ Category

Virginia 

Un loup dans ta tete

 Chiens noirs  dans la mienne

Nos compagnons de desordre

Mental

Nous sommes mentales

Folles et articulees

Observatrices ironiques

Bienveillantes et distantes

O  douleur, tu  ne me quittes  pas

Tu m’ inspires

Londres

Juin

les heures

Une journee dans la vie de Clarissa

Suicide

Une reception

Oh merci d’ etre la !

Comment allez-vous?

Such fun !

Tu m’ aimes ?

Non puisque tu n’ existes pas

Quelle difference alors

Si je ne suis plus la ?

(copyright)

Publicités

 Miranda Seymour nous propose une excellente biographie d’ Ottoline Morrell  dont le titre varie legerement suivant les editions, soit  » The life on A Grand Scale « , soit  » The life on THE Grand Scale  » , mais il s’ agit bien du meme ouvrage  et cette quotation est prise du journal meme d’ Ottoline, mars 1927,  » To live on the grand scale   » . La premiere edition de cette biographie est de 1992 .

Lady Ottoline  Morrell est , dit-on, connue parce qu’ elle a cotoye , sa vie adulte durant, nombre de personnalites et artistes connus  . C’ est un peu reducteur dans la mesure ou , genereuse de son temps et de ses moyens, elle a largement contribue a propulser nombre de ces artistes qui, sans son aide, n’ auraient peut-etre pas eu la meme audience .

Cela fait partie des mauvais proces qui ont ete fait a  Ottoline , personnage feminin original, audacieux, naif, genereux, a la recherche de l’ affection qui lui a tellement manque quand elle etait enfant .

Miranda Seymour ne cache pas l’ admiration qu’ elle porte a Ottoline, elle a certainement a ce jour redige la biographie la plus precise de Lady Ottoline . En effet, elle a eu acces a nombre de documents qu’ elle a pu traiter pour la premiere fois dans une biographie, entre autres les memoires d’ Ottoline qui avaient ete plus ou moins expurgees et de toute facon, auto-censurees puisque Philip, l’ epoux d’ Ottoline pouvait lire ces memoires, des echanges epistolaires avec differents interlocuteurs et surtout les milliers de lettres, extraordinaire correspondance entre Bertrand Russell et son aimee, qui coure depuis 1911 jusqu’ a la disparition d’ Ottoline en 1938 .

Cette biographie est une aide precieuse pour les chercheurs, mais elle est aussi un magnifique recit qui se lit comme une oeuvre romanesque en costumes d’ epoque, passionnante,  qui nous eclaire aussi cruellement sur la nature humaine, petits crimes psychologiques entre « amis » .

Bien que je commente cet ouvrage dans le cadre du Bloomsbury group Challenge, il faut d’ emblee  me semble-t’ il,  ainsi que le fait du reste Seymour, bien preciser que l’ interet que l’ on peut porter a la vie d’ Ottoline depasse largement l’ etude de ce groupe . Mais, fait d’ importance, cette femme a ete longtemps percue a travers les lentilles deformantes des commentaires et memoires des membres du Bloomsbury Group qui ne sont pas connus pour leur generosite et leur capacite a la gratitude, mais beaucoup plus pour leur amour des ragots et leur aptitude a les faire circuler quitte a les rendre plus interessants au passage .

Comme le dit Seymour, les annales du Group ont longtemps controle l’ image que l’ on se faisait d’ elle depuis sa mort en 1938, alors que ses membres n’ ont  pas joue une part si importante dans son existence .

Par exemple, si l’ on se fonde sur des lettres ou le journal de Virginia Woolf, on voit que cette derniere la meprise, elle la qualifie de menteuse, de garce venimeuse, spectaculaire comme une catin, mais par d’ autres notes, elle la presente comme heroique, fascinante, pure et merveilleuse . Elle rend hommage a son « integrite » ce qui est essentiel dans le discours bloomsburien, voulant signifier par la que l’ on ne cache rien et c’ est d’ autant plus risible que le Group se fachera avec elle lui reprochant, faute impardonnable, de ne pas avoir revele certaines de ses amours .

La biographie est un art difficile, il faut savoit disposer de tout le materiel possible, savoir le traiter et rester autant que faire se peut objectif tout en redonnant chair a l’ objet de son etude . La responsabilite est grande, les lecteurs garderont en memoire l’ image que le biographe aura finalement trace .

Grace au remarquable travail de Seymour, on se rapproche certainement ici de la veritable Ottoline qui vaut d’ etre connue .

 

Lady Ottoline n’ a pas toujours ete cette femme extraordinairement spectaculaire telle qu’ Augustus John la peignit dans les annees vingt .

C’ etait une enfant de l’ ere victorienne puisque nee en 1873, la Reine Victoria achevera son long regne en 1901 .
Cela n’ est pas de moindre importance puisqu’ il lui faudra montrer une exceptionnelle volonte, force de caractere, courage et determination pour vivre la vie qu’ elle choisira de vivre adulte .
Par ailleurs, son origine sociale et son histoire personnelle comme enfant, ne laissaient pas non plus presager d’ un tel destin .

Ottoline Violet Anne Cavendish Bentick est nee en juin 1873, derniere enfant et seule fille d’ Augusta Bentick qui arrivait a la quarantaine , seconde epouse irlandaise et pieuse du Lieutenant-General Bentick , en attente du titre de 6 eme duc de Portland, deja pere d’ un fils de 17 ans d’ un premier lit et de trois autres garcons avec Augusta . Augusta etait elle aussi de famille aristocratique et apparentee par cousinage avec  la famille de la Reine-Mere Elizabeth .

Ottoline adorait son pere qui le lui rendait bien .

Toute jeune, on lui apprit a rechercher la joie a travers les actes de bonte et enfant impressionnable et livree a elle-meme, ses trois freres etaient plus ages, elle se structura par des lectures enfantines edifiantes qui forgerent une partie de sa personnalite .

Son pere mourut brutalement en 1877, laissant la famille sous la responsabilite du fils aine et deux ans plus tard, le jeune homme herita du titre de 6 eme duc de Portland . Il devint « His grace » , et par l’ entremise de Disraeli qui etait redevable d’ un service aux ducs de Portland, Augusta qui n’ avait plus de titre devint  Baroness Bolsover . Les choses s’ arrangent .

Dans ses memoires, Ottoline se decrit  comme une jeune enfant solitaire, timide et triste .

La famille partit vivre a Welbeck, appartenant au domaine du duc de Portland . On dit qu’ elle s’ inspira de ce domaine pour redessiner Garsington Manor en 1915 .

Mais, une dizaine d’ annees plus tard, le jeune duc se maria et Augusta et ses enfants durent quitter le domaine .

Des lors, Ottoline ne vecut que pour prendre soin de sa mere, constamment souffrante, elles voyageront pour sa sante, Ottoline s’ oubliera pour etre l’ esclave d’ une mere abusive qui, Ottoline ne l’ apprendra que bien plus tard,  avait deja deherite sa fille au profit de ses trois fils, elle n’ avait alors que dix ans .

Que va-t’ on faire d’ Ottoline ? Ainsi se posait la question en 1893 apres le deces de sa mere .

 Elle retourna vivre a Welbeck chez son demi-frere et son epouse qui tenterent de lui donner une vie decente de jeune fille, mais a 19 ans, elle n’ avait jamais eu d’ amis, etait confite en bondieuseries, triste orpheline a laquelle on n’ avait jamais appris a prendre soin d’ elle-meme . Elle ne mangeait pratiquement pas et elle commenca a manifester les signes maladifs eprouves par sa mere, des migraines atroces, des desequilibres nerveux et cela dura toute sa vie .

Enfin , elle se mit a frequenter des jeunes filles de son age, des cousines, voyagea en Italie et developpa le gout d’ apprendre, elle qui n’ avait jamais ete instruite serieusement . Elle rencontra des personnes qui l’ aiderent, sorte de figures parentales de substitution, sa beaute etrange commencait a retenir l’ attention . Grande fille d’ un metre quatre-vingt au moins, les cheveux roux dores, une machoire inferieure prognathe, un nez long, des yeux bleus un peu rapproches, elle ne semblait pas deplaire et au lieu de gerer ses particularites, elle commenca a les mettre en valeur par des tenues et des couleurs extravagantes, la veritable Ottoline etait nee . Toutefois, sa foi etait intacte et resta importante dans sa vie .

Eprise de culture, elle s’ inscrivit a l’ Universite de Saint-Andrews en Ecosse et puis a Oxford ou son futur mari , Philip Morrell,  la vit pour la premiere fois, devalant la rue en velo, toute de blanc vetue , l’ air follement libre !

En fevrier 1902 Ottoline epousa Philip Morrell, deux ans apres qu’ il l’ ait vu a Oxford ou sa famille avait un cabinet d’ avocats .

Lui-meme pratiquait son activite de juriste a Bloomsbury, sans conviction, dans une branche de mineure importance du business familial .

C’ etait une union amoureuse pour Philip, raisonnable pour Ottoline qui avait deja connu les deceptions amoureuses et approchait la trentaine, Philip etait d’ un moins bon milieu social . Mais avec Philip, Ottoline savait qu’ elle allait pouvoir vivre sa vie comme elle l’ entendait, sans qu’ on la bouscule ou lui dise ce qu’ elle avait a faire . Philip etait l’ homme de la situation et Ottoline eut l’ intelligence de le comprendre .

En 1906, Ottoline etait enceinte et ils demenagerent de Grosvenor a Bedford Square, dans Bloomsbury, quartier moins cher ou l’ on pouvait trouver de grandes belles maisons a amenager, y vivaient des architectes, medecins, vieux editeurs, ce n’ etait pas encore le lieu de rencontre des artistes . Ils aimaient ce quartier .
Elle accoucha de jumeaux et seule la petite fille survecut, julian, au desespoir de Philip qui avait perdu son frere par suicide et desirait ardemment un fils. Il n’ y eu pas d’ autres enfants et Ottoline fut une mere distante et peu aimante pour Julian .

(redaction en cours … a suivre )

   Nina Hamnett par Modigliani .

Le commentaire    » Le Torse de Nina  »  sur le livre  « Laughing Torso – Reminiscences of Nina Hamnett  » ,   est maintenant redige et peut etre consulte dans la categorie  » Bloomsbury Group Challenge  » sur ce blog .

Étiquettes : , ,

Voici le premier roman, et pas le moindre, d’ Aldous Huxley  (1894-1963) . Ce livre edite  pour la premiere fois en 1921 connut d’ emblee un vif succes tant pour sa forme que pour le fond .

Aldous Huxley avait passe une partie de la premiere guerre mondiale a Garsington Manor, hote de Lady Ottoline Morrell et de son epoux, en compagnie de nombre de membres du Bloomsbury Group qui etaient pacifistes et s’ etaient replies a la campagne . Huxley, pacifiste aussi, etait atteint d’ une serieuse pathologie ophtalmique en cours de lente amelioration et n’ avait pu s’ engager a la guerre .

( Portrait peint par Vanessa Bell, National Portrait Gallery  a Londres ) .

Aldous s’ inspire de cette experience pour composer son roman  » Jaune de Crome  » : le sejour  d’ un jeune homme invite a la campagne par deux hotes, un groupe d’ invites,  rien a  faire si ce n’ est manger, boire, se promener, se seduire,  discuter . Qu’ en sortira-t’ il .

 Huxley respecte les regles du theatre classique  c’ est a dire, l’ unite de temps, de lieu et d’ action,  mais aussi la bienseance en suggerant sans montrer, et jusqu’ a la catharsis qui finit le recit .

Denis,  jeune poete -en-devenir de ving-trois ans,  arrive a Crome Manor, dans la campagne  anglaise, invite a y passer quelques semaines .

C’ est un jeune homme un peu deprime, complique, amoureux des mots et aussi surtout de la niece de ses hotes . Il est insatisfait, pas sur de lui, sans reelle joie de vivre, flottant dans sa jeunesse trop grande pour lui comme un vetement pas a sa taille . Une espece de post-adolescent,  conscient de lui-meme a outrance .

Heureusement, Aldous Huxley va nous raconter cette partie de campagne avec le regard de l’ observateur critique et amuse , avec toutefois, une touche de mepris suavement distille .

Il construit son recit en trente courtes scenes independantes,  dans un ordre chronologique ,  de l’ arrivee de Denis par le train omnibus de Londres,  jusqu’ a son depart anticipe et precipite quelques jours plus tard .

Par ordre d’ apparition :

– Denis arrive au manoir invite par le couple de proprietaires qu’ il connait depuis toujours .

– Il parcourt le manoir vide et trouve Priscilla son hotesse dans son boudoir :   » Bonjour, dit-elle, j’ avais oublie que vous veniez !  »

C’ est une femme masculine, mal arrangee, loufoque, une joueuse qui a perdu des fortunes aux courses . La guerre est finie mais des revers de destin l’ oblige a rester vivre retiree a Crome ou son mari lui a alloue une somme mensuelle a depenser au jeu .

Elle fait le theme astral des chevaux et se fonde sur les resultats pour parier  leurs classements sur les champs de course . De meme pour les footballeurs de la League, mais en reconnaissant toutefois avec une honnetete charmante que tirer consequences de vingt-deux themes qui jouent en meme temps n’ est pas aise et que l’ on peut se tromper parfois,  grand eclat de rire .  Il faut avoir la foi, cela rend la vie tellement amusante .

– Mais,  c’  est l’ heure du the que Henry Wimbush, l’ epoux de Priscilla,  a deja commence a servir .  C’ est le proprietaire, un quinquagenaire aimable dont la vie est  exclusivement dediee a l’ etude et la redaction de  l’  histoire du manoir occupe par sa famille depuis dix generations . Il en raconte des extraits  monstrueux avec fierte .

– Jenny Mullion, la trentaine,  jeune femme sourde qui semble toujours comme amusee par ce qu’ elle observe et qui de temps en temps, comme le coucou sort de la pendule,  participe a la conversation pour s’ en retirer tout aussi soudainement . Elle est coiffee avec deux chignons lateraux, un au-dessus de chaque oreille .

– Mary Bracegirdle,  jeune fille toujours en manque d’ air,  vingt-deux ans, l’ ingenue qui reve beaucoup trop souvent la nuit qu’ elle grimpe a l’ echelle ou qu’ elle tombe dans un puits . Elle en deduit qu’ elle refoule trop ses instincts sexuels .

– Monsieur Scogan, un ami de jeunesse d’ Henry . Il a tout de ces oiseaux-lezards eteints de  l’ Ere Tertiaire, avec des petits yeux vifs et brillants de rouge-gorge .  Il parle pour ne rien dire mais de facon pragmatique, alors que Denis le fait de facon poetique et ainsi, ils passent du temps ensemble a parler sans se comprendre, de facon tres interessante et tout a fait satisfaisante .

– Gombauld, un peintre bel homme brun talentueux et sur de lui, seducteur de trente ans, jalouse par Denis a cause de sa vitalite, et de l’ aisance de ses manieres .

– Anne, la niece de Henry et Priscilla, vingt-sept ans, qui prend la vie du bon cote . Denis l’ aime secretement et douloureusement .

– Le lendemain matin, ils vont visiter la ferme et voila Rowley, le fermier en charge,  tellement conforme a ces ruraux du XIX eme siecle, le profil fier, les rouflaquettes grisonnantes .

Tous s’ extasient devant les cochons !  Une naissance groupee de quatorze magnifiques specimens et chacun de reflechir a la vie, a la mort, aux regimes alimentaires .

– Barbecue-Smith, l’ ecrivain  » qui vend  »  arrive pour le dejeuner du dimanche .  Apres avoir bien denigre ce pauvre Denis et sa maigrelette  oeuvre poetique ( un mince opus, il y a six mois )  il lui donne une confraternelle lecon  « d’ inspiration par auto-hypnotisme  »  ce qui lui permettrait  d’ avoir une production « comme le Niagara  » et de passer ainsi de la pauvrete a la richesse . Denis, accable  par l’ incommunicabilite, et vexe, promet, du bout des levres, de s’ y essayer .

– Bodiham, est assis a son bureau du presbytere, il revient de l’ office qu’ il a celebre comme d’ habitude dans le desepoir . Les habitants de Crome et du village meritent l’ enfer, ces mecreants  .

 Bodiham est tout vilain, c’ est « le masque de fer » . Un visage metallique gris,  des cheveux gris, meme sa voix a la sonorite d’ un gond de porte qui grince . Son bureau est marron partout, du reste, il flotte une odeur marron . Il est fievreux, fanatique, cingle . Il reve d’ Armageddon et attend impatiemment, decu que le conflit mondial soit termine, mais cela va craquer ailleurs !  Le village se moque de lui et Bodiham pense, comme son epouse, que Sodome et Gomorrhe ont reapparu en lieu et place de Crome .

– Ivor arrive dans sa magnifique et enviable petite voiture de sport . C’ est un jeune homme insouciant, parfaitement heureux qui passe son temps, pique-assiette , de manoir en manoir,  seducteur de jeunes filles ,  » les petits details n’ ont aucune importance si l’ impression generale est bonne » est la phrase favorite du charmant Ivor qui est le contraire de Denis  . Denis le hait .

Et c’ est ainsi que ces personnages vont vivre ensemble, partager des emotions, des experiences, se seduire ou pas, s’ amuser ou souhaiter se jeter du haut d’ une tour, selon .

On peut apprecier cette histoire au premier degre . Mais, si on  lit ce livre comme un roman a cle, on s’ arretera sur  certains passages plus serieux, sur la guerre et les souffrances qui ne se partagent pas, le rejet des conventions sociales heritees de l’ ere victorienne, le rejet de l’ emprise ecclesiastique , la psychanalyse que pratiquait un frere de Lytton Strachey , et qui traduisait aussi les oeuvres de Freud publiees chez Hogarth Press,  maison d’ edition des Woolf .

Si l’ on prend en compte  l’ inspiration de son ecriture, c’ est – a dire le sejour a Garsington Manor de l’ auteur pendant la guerre , on constatera qu’ aucun des personnages ne trouve grace aux yeux d’ Huxley dont l’ intelligence impitoyable est mise au service d’ une raillerie implicite et l’ on peut se demander si Aldous, si critique, y fut heureux .

Ce premier roman, ecrit a vingt-sept ans etait prometteur et il fut suivi de quatre autres en dix ans et enfin le fameux « Meilleur des Mondes », publie en 1931 , (  comme  » Toute Passion Abolie  » de Sackville-West ) .

En 1921, annee de la publication de  » Jaune de Crome  » etaient aussi  publies  a Londres  » La Mysterieuse Affaire de Styles  » d’ Agatha Christie ,   » Women in Love  » de D.H. Lawrence , « Biographie de Victoria » par Lytton Strachey et le dernier volume de  » La Saga des Forsyte » de John Galsworthy .

A part la breve apparition de Rowley le fermier, il est a noter qu’ il n’ est fait aucune mention d’ aucun personnel de maison, ce qui ne manque pas d’ etonner . Alors que dans la plupart de ces romans dont le pretexte est une invitation a la campagne, les serviteurs ont souvent un role d’ observateurs ou de faire-valoir et articulent l’ intrigue .

Dans l’ oeuvre contemporaine de P.G. Wodehouse ( 1881-1975)  par exemple, on connait l’ importance donnee au majordome Jeeves et on notera que l’ episode du cochon de Crome est a rapprocher de  » Blandings Castle » ou une magnifique truie  de concours   » Empress of Blandings »  fait la fierte et le bonheur de son proprietaire  Lord Elmworth, ce qui sera le pretexte a des evenements comiques et delicieusements ridicules comme l’ enlevement de la plantureuse bete .

Aldous Huxley partit s’ installer aux USA en 1937 . Il y deceda le 22 novembre 1963 et  la « Grande Histoire »  lui vola sa necro puisqu’ il mourut le meme jour que  J.F. Kennedy .

Une passionnante biographie d’ Aldous Huxley a ete publiee en 2002 « An English Intellectual » par Nicholas Murray  (editions Abacus) .

Jaune de Crome est traduit en francais et publie en 10/18 .

PS : pourquoi ce titre ?  Au-dela du jeu de mots evident avec Jaune de Chrome, la couleur, il nous semble que cela pourrait faire reference au gout immodere de Lady Ottoline, Priscilla dans le roman, pour les couleurs qui etaient, disait-elle, sa vraie nourriture .

Miranda Seymour a ecrit la biographie d’ Ottoline  » Life on a Grand Scale » (1992) et note que le hall d’ entree de Garsington Manor etait peint d’ une vive couleur jaune tournesol . Quant a Virginia Woolf, la dent dure, elle notait :  » l’ air est-il jamais  normal a Garsington? non, je pense que meme le ciel est affuble de soie jaune pale  » .

En 1931 Vita Sackville-West publie  « All Passion Spent »  chez Hogarth Press, la maison d’ edition de Leonard et Virginia Woolf .

Traduit en francais par  » toute Passion Abolie  » .

Vita Sackville-West (1892-1962)  fait ainsi echo, sous une forme romanesque, a   » Une Chambre a Soi  » (1928) de son ami Virginia Woolf .

Vita ouvre son livre par une dedicace a ses   fils adolescents   » A Benedict et Nigel qui sont jeunes cette histoire de gens qui sont vieux  » , et  fermera son roman avec la visite ultime de la jeune Deborah,  l’ arriere petite-fille de Lady Slane, le seul personnage de moins de soixante ans de cette fiction .

Lady Slane agee de 88 ans se trouve veuve apres 70 ans de mariage avec Henry, ancien vice-roi des Indes, parlementaire, ministre,  qui etait devenu tellement vieux, 94 ans, et tellement toujours la qu’ on avait fini par le croire immortel .

Ses six enfants , tous sexagenaires la considerent comme incapable de prendre son destin en main, ils ne la pensent pas intelligente,  leur pere a toujours decide pour elle, un peu comme si, elle-meme,  etait une enfant . Il faut vendre la belle maison de Londres, les bijoux qui sont au coffre , et Lady Slane sera l’ hote tournante et payante de ses propres enfants . Une decision parfaite qui sera accueillie avec l’ approbation de la Societe dans laquelle ils evoluent, et cela compte . Tout est bien .

Mais contre toute attente, Lady Slane refuse et choisit son destin pour la premiere fois de sa vie . Elle souhaite habiter  une villa qu’ elle avait remarquee il y a trente ans, a la peripherie de Londres .

C’ est le mois de mai .

Accompagnee de sa fidele servante francaise  » Genoux »  86 ans  employee  de la maison depuis les debuts du mariage , elle s’ installe a Hampstead, pres du magnifique parc de Hampstead Heath . Elle interdit les visites , celles de sa famille egalement, sauf a prendre rendez-vous . Et de toute facon, pas les petits- enfants, 

  » Ils sont trop jeunes . Pas un d’ entre eux n’ a encore atteint 45 ans  .  Pas d’ arriere-petits-enfants, cela serait pire …[…] je ne veux autour de moi que ceux qui sont plus proches de leur mort que de leur naissance  »  .

Hampstead Heath  ( Constable )

Combien ce livre est singulier , plus Lady Slane approche sa mort et plus le propos est optimiste .

L’ auteur construit son oeuvre en trois parties d’ inegale importance , sorte de piece musicale en trois mouvements .
– premiere partie « allegro » : lady Slane se reinvente . Elle demenage, s’ installe, fait de nouvelles connaissances, elle est heureuse, tres heureuse comme jamais dans sa vie d’ avant . Cela nous conduit de mai a l’ ete avance .

– deuxieme partie  » moderato » :  lady Slane est seule, dans le jardin de sa maison, au soleil de l’ ete finissant et les yeux fermes, elle se voit jeune fille quand tout etait possible et puis ce mariage dont les cloches sonnent comme le glas de sa propre vie qui se dessinait a peine  .

– troisieme partie  » lento  » : l’ hiver approche, un homme , surgi de son passe,  l’ aidera a accomplir son destin et elle finira sa vie paisiblement, en coherence avec elle-meme, ayant transmis son heritage psychologique a la toute jeune femme en laquelle elle se reconnait, son arriere petite-fille .

Chaque partie distincte peut se lire comme une oeuvre a part entiere . Toutefois, si l’ on considere que la finalite de Vita Sackville-West est de nous presenter ses vues sur la place des femmes dans la societe, la deuxieme partie pourrait etre, alors, la plus edifiante . C’ est son manifesto .

Mais, dans les autres parties,  les nouvelles connaissances masculines de Lady Slane, par la diversite des caracteres et les mises en situation,  offrent aussi a l’ auteur le pretexte pour decrire des comportements typiquement masculins dans la societe de cette epoque .

 Enfin,  la revelation tardive du passe de Genoux au sujet de laquelle,  parfaitement egoistement Lady Slane ne s’ etait jamais interessee pendant 70 ans de devouement ancillaire, sera une amorce de reflexion sur l’ inegalite sociale . ( Nous serons conduit bientot a commenter un ouvrage sur « Virginia Woolf et ses servantes » ou nous constaterons que les idees progressistes des membres du Bloomsbury Group concernant l’ emancipation des femmes, se heurtaient a la realite du service domestique issue de l’ ere victorienne dont ils semblaient toutefois s’ accommoder ! ) .

Si l’ on se fonde sur la correspondance de Vita avec son editeur et neanmoins amie Virginia, ce livre s’ est tout de suite tres bien vendu,  et cela n’ est pas etonnant parce que les lectrices se reconnaissaient mais aussi parce que c’ est un roman qu’ on lit le sourire aux levres . Il est piquant, descriptif, pas sentimental du tout, ironique et tonique .

En 1986, la BBC a tourne un telefilm sorti en DVD et double en francais . Lady Slane est magnifiquement interpretee par Dame Wendy Hiller . Il est donne une plus grande part aux scenes d’ exterieur ou l’ on voit Lady Slane tout a son bonheur de soigner ses fleurs et cela assure une touche anglaise qui ne peut que charmer .

Ce roman est traduit en francais et existe en edition poche .

Étiquettes : ,

Virginia Woolf a publie en 1928  » Une chambre a soi  » chez Hogarth Press, couverture dessinee par sa soeur Vanessa Bell .

Il s’ agit d’ un essai fonde sur deux conferences de Virginia, une devant « ‘ Arts Society at Newnham « , l’ autre » Odtaa at Girton », en octobre 1928 ,  deux colleges reserves aux femmes au sein de l’ Universite de Cambridge .

Bien que Vanessa Bell ait ecrit  »  Il est a mettre au credit  de Virginia que le titre de son ouvrage soit au genre neutre . Cela exprime l’ importance d’ un endroit paisible et propice pour  la creation . C’ est important pour tout artiste, qu’ il soit homme ou femme  » , il s’ agit d’ un pamphlet qui traite essentiellement de la difficulte pour les femmes, du fait de la societe , d’  exprimer leur art au meme titre que les hommes .

Dans le  film  » The Hours « , qui se passe au debut des annees vingt, on voit Virginia qui ecrit  » mrs Dalloway  » dans un salon, assise inconfortablement avec une sorte de carton a dessins sur les genoux, pour tout ecritoire, et autour d’ elle, au sol, trainent les feuillets epars de sa production .

Elle est constamment sollicitee par la bonne, ou par son mari qui viennent la deranger alors qu ‘ elle est en pleine reflexion creatrice , et cela contribue a nourrir sa depression .

Woolf  partage cette preoccupation avec son amie Vita Sackville-West qui en traite sous une forme romanesque dans  » Toute  Passion Abolie »  ( All Passion Spent )  1931 . Lady Slane, son heroine,  s’ emancipera par le veuvage a 88 ans, en recevant sa part d’ heritage et en choisissant sa nouvelle  maison, ainsi elle aura les moyens materiels et psychologiques de  rehabiter ses reves et ses aspirations de jeune fille,  pourra tourner le dos a la Societe qui tout au long de sa vie de femme mariee l ‘ aura  consideree comme sotte ou inculte parce qu’ elle ne prenait pas part aux conversations qui l’ ennuyaient et s’ eloigner de ses propres enfants ( tous sexagenaires)   qui ne  l’ auront jamais comprise, la prenant au mieux pour une enfant que leur pere protegeait . Ils pourront la visiter, mais sur rendez-vous .

 » Une Chambre a Soi  » se presente comme un livre d’ une centaine de pages .

Virginia Woolf doit faire une adresse aux membres feminines de deux colleges de Cambridge . Elle doit parler sur les femmes et la fiction en litterature .

Virginia va s’ asseoir au bord d’ une riviere pour reflechir : il peut s’ agir  simplement de rendre hommage a quelques ecrivaines fameuses, Austen, les soeurs Brontes, George Eliot, mais peut-etre pas seulement loin de la, cela peut etre ce qui se cache derriere leurs oeuvres, ou bien encore les fictions ecrites sur ces femmes . En fait, Woolf ne peut delivrer, nous dit-elle,  ce que toute audience est en droit d’ attendre d’ un orateur, une precieuse pepite a ranger dans ses feuilles de notes et a mettre en evidence sur le manteau de la cheminee  pour toujours , une verite parfaite de conferencier .

 On l’ aura compris, Virginia a deja choisi le chemin escarpe qu’ elle entend bien nous faire suivre en sa compagnie , ce qu’ elle appelle malicieusement un point d’ importance mineur, c’ est a dire, l’ organisation patriarcale de la societe n’ a jamais donne aux femmes les moyens d’ ecrire .

Elle resume sa pensee dans cette phrase provocatrice et prosaique  :  une femme doit avoir de l’ argent et une chambre a elle, si elle veut ecrire .

L’ argent represente l’ independance materielle et la chambre, que l’ on peut fermer au verrou, l’ independance intellectuelle .

On a parfois tendance a ne voir Virginia que sous les traits d’ une femme depressive, triste, ses portraits nous y encouragent . Or, heureuse surprise, pour nous faire partager son point de vue ici, elle adopte un ton ironique, moqueur, elle a de l’ allant, elle sait de quoi elle parle . Elle reussit meme a nous amuser en utilisant le subterfuge d’ une Mary Seton *, son double de demonstration, qui herite d’ une tante Mary Beton, et s’ offre le luxe certainement delicieux de faire une critique litteraire accomplie de l’ ouvrage fictif de Mary Carmichael, son autre elle-meme en litterature imaginaire .

Mary Seton, sorte de  » l’ inspecteur mene l’ enquete  » , conduit la reflexion sur la place des femmes, comment elles sont percues par les messieurs a travers la litterature ou les reflexions a l’ emporte-piece d’ importants personnages . Elle arpente les etendues gazonnees d’ Oxbridge, Universite imaginaire, nee de la contraction d’ Oxford et Cambridge, tout en reflechissant , et ne voila-t’ il pas qu’ elle est chassee par un appariteur, le gazon est interdit aux femmes !, Elle va a la merveilleuse bibliotheque, em marchant, bien obligee, sur les graviers . Et ne voila-t’ il pas qu’ elle est interdite d’ entree, les femmes ne peuvent se presenter qu’ accompagnees par un homme et avec une lettre d’ introduction .

Elle va donc a la bibliotheque du British Museum, a la lisiere du quartier de Bloomsbury, precise-t’ elle , un clin d’ oeil,  et constate que si une femme peut consulter des documents, elle ne pourra jamais le faire avec l’ efficacite d’ un homme qui lui, serait alle a  l’ Universite et aurait appris a apprendre !

Jamais en manque d’ imagination, L’ auteur ira jusqu’ a convoquer Judith Shakespeare, la non existante soeur de William, autrement plus douee que lui et qui ne pourra jamais faire fleurir son talent .

En conclusion a sa conference, Virginia exhortera son auditoire feminin a gagner sa vie et donc son independance, mais aussi a etudier et a ne jamais cesser d’ ecrire .

Quoi de plus efficace que les traits d’ esprit quand l’ on veut convaincre,  et si les arguments sont forts ?

Voila donc un livre habile, qui vaut encore d’ etre lu, tant du point de vue litteraire que social et osons l’ ecrire, historique . En effet, on mesure tout en le parcourant avec plaisir, a quel point la societe a evolue depuis 1928 et cela fait du bien de le constater .

Cette oeuvre est aussi editee dans la collection 10/18, la traduction est de Clara Malraux .

*Mary Seton : faut-il voir un clin d’ oeil de Virginia au lecteur dans le choix de ce nom ? En effet, Sally Seton est le nom de la femme pour laquelle Clarissa Dalloway a eprouve une vive attraction, dans le roman  » mrs Dalloway « , publie en 1925 .

Étiquettes : , , ,

Nina Hamnett ( 1890-1956 )  artiste impliquee dans l’ Omega Workshops du Bloomsbury Group a publie ses memoires en 1932  « Laughing Torso  » .

 » Torso »  est le  titre d’ une sculpture pour laquelle elle avait pose, taillee par Henri Gaudier-Brzeska .

C’ est par Roger Fry  que Nina Hamnett  integra  l’ Omega workshops et y travailla . Roger Fry  realisa plusieurs tableaux de Nina .

Nina est native du Pays de Galles ( 1890)  avec des ancetres canadiens, des officiers de marine . Elle vecut sa prime jeunesse en differents endroits, l’ Irlande, l’Angleterre essentiellement sous la responsabilite d’ une grand-mere qui la surveillait comme le lait sur le feu, sa mere avait quitte le foyer . Tres tot, elle manifesta un talent pour le dessin et le gout de la danse . Son pere sentencieux lui disait quand elle etait fillette, que la place d’ une dame n’ etait pas sur une scene de spectacles,  et qu’ une dame ne  laissait pas approcher  les messieurs . Nous verrons que cette education bourgeoise porta ses fruits .

En 1905, la famille se trouva ruinee et demenagea a Londres pour habiter chez la grand-mere . Le pere de Nina decida qu’ il etait temps qu’ elle gagne sa vie et l’ inscrivit dans une classe de comptabilite ou elle remplit son bloc de dessins mais pas de chiffres . Elle fut renvoyee, qualifiee de « sans avenir » et son pere se resolu a l’ inscrire dans une ecole d’ art .

Une anecdote est revelatrice de son caractere : a cette epoque, elle recut la confirmation et rencontra donc un pretre qui lui demanda de rediger un texte sur les Devoirs envers ses Parents . Nina y mit tellement de nobles et pieux sentiments que l’ homme d’ eglise dit a la grand-mere, emu aux larmes, que la petite avait quelque chose d’ une sainte . Ce fut une revelation pour Nina dans le sens qu’ elle decouvrit qu’ elle avait de reelles dispositions et que si se moquer du monde etait aussi facile, la vie, apres tout, risquait d’ etre plutot amusante .

Elle s’ inscrivit a la Pelham School mais rapidement changea pour la London School of Art ou l’ enseignement etait plus conforme a ses idees . Elle s’ y fit des relations, son talent etait reconnu, elle alla voir Sarah Bernhardt qui se produisait a Londres, sirota de la creme de menthe, s’ initia a la boheme en lisant  » Bohemia in London » ( 1907 ) par Arthur Ransome qu’ elle rencontra et se dit que sa vie commencait . Elle avait 19 ans . ( Arthur Ransome 1884-1967, etait  journaliste et reste celebre  pour sa serie de livres pour enfants  « Swallows and Amazons »,  dont les aventures se passent dans le Lake District, la ou il s’ etait retire a la fin des annees vingt . )

Nina fut invitee par une amie de l’ ecole a passer des vacances en famille a Saint-Petersbourg et en Finlande . Ce fut son premier voyage et plus elle s’ eloignait de l’ Angleterre et de son pere et de sa grand-mere, plus  elle avait le sentiment de s’ eloigner d’ un horrible cauchemar . Elle etait tres malheureuse  chez elle .

En rentrant, sur le bateau,  elle connu une jeune personne qui lui transmit  l’ envie d’ aller a Paris, ce qui fut decisif pour le tour que sa vie allait prendre un peu plus tard .

Le retour a Londres fut penible, son pere la maltraitait et niait violemment ses gouts . Elle se paralysa des mains en reaction a cette violence subie . Aucun traitement n’ y fit et c’ est quand enfin, on reconnut qu’ il lui fallait occuper son esprit comme elle l’ entendait qu’ elle guerit soudainement .

Elle decida de lire et de se cultiver, le seul moyen pensait-elle de rencontrer tous ces gens interessants qu’ elle voulait frequenter .

Elle s’ installa,  chichement,  apres l’ Ecole, vendit quelques dessins, recu un peu d’ argent . Elle fit la connaissance du peintre Mark Gertler, de Dora Carrington dont elle admirait la frange sombre . Carrington avait etudie dans l’ Ecole d’ Art rivale, la Slade School .

Elle fit la rencontre de Sickert, le peintre createur du mouvement du Camden Group,  qui sembla l’ apprecier et monta voir sa production . Il restera un ami et ils s’ aiderent mutuellement .

Elle commenca a exposer, obtint meme de bonnes critiques dans les journaux .

Elle rencontra Henri Gaudier-Brzeska , un tres jeune sculpteur francais qui lui presenta sa  vieille maitresse polonaise comme etant sa soeur et dont il avait ainsi accole le nom au sien .  Elle posa pour lui et  ils deroberent une nuit dans une reserve de tailleurs de pierres tombales un bloc de marbre qui servit a faire le Torso, maintenant a l’ Albert et Victoria Museum .

L’ atelier Omega :  voici comment elle relate son experience .  » Un jour quelqu’ un lui dit qu’ elle pourrait trouver du travail a Fitzroy Square a l’ atelier Omega, pour peindre des meubles et faire des oeuvres de decoration . Le proprietaire etait Roger Fry dont elle connaissait le nom parce qu’ il avait organise la premiere exposition Post-Impressionniste a Londres en 1911 . Un matin, prenant son courage, elle alla a Fitzroy Square et demanda a voir monsieur Fry . C’ etait un homme charmant avec des cheveux gris, et lui dit qu’ elle pourrait venir le lendemain et commencer a travailler . On lui montra comment faire des batiks. Elle etait payee a l’ heure et au bout d’ une semaine, elle se sentait millionnaire . Elle y introduisit Henri qui fit des dessins qui servirent de motifs sur bois  » . Nina a gauche porte un manteau Omega .

A vingt-deux ans, elle se decida a perdre sa virginite, se coupa les cheveux, envoya promener son corset et les baleines et se sentit beaucoup mieux et surtout libre .

Elle alla a Paris, s’ installa dans le quartier de Montparnasse et raconte que le premier soir a la Rotonde, elle voit s’ approcher un beau garcon tenebreux qui lui dit  » je suis Modigliani, juif, jew « , il deplie  son journal et lui montre des dessins a vendre . Elle les trouve beaux, et en achete un pour cinq francs . Ils seront amis jusqu’ a la mort de Modigliani, elle posera pour lui . Elle occupera meme son studio des annees apres sa mort . Un jour, elle etait dans la deche comme souvent, et elle feuillette un des livres de Modigliani qui etait reste la . Elle decouvre un billet de cent francs que sa maitresse avait cache pour que ce pauvre homme n’ aille pas le boire !

Nina rencontrera tous ceux qui etaient a connaitre dans le monde artistique et litteraire entre 1912 et 1930, entre Paris et  Londres, jusqu’ aux russes des Ballets Russes . Elle sera surnommee  » Queen of  Bohemian  »

 Elle retournera a Londres, avec regrets, pendant la guerre, ira travailler a L’ Omega de temps en temps, en faisant remarquer qu’ il n’ y avait pas toujours du travail . Cela confirme que l’ Atelier ne prosperera vraiment que les premiers dix-huit mois de sa creation en 1911 . Elle rencontrera Vanessa Bell dont elle adorait le timbre grave qu’ elle s’ appliquera a imiter, et Duncan Grant .

Si l’ on considere l’ incroyable richesse de l’ index de son autobiographie, on ne trouve mention d’ aucun autre membre du groupe Bloomsbury, bien qu’ elle ait habite ce quartier et travaille a l’ Omega . On peut supposer qu’ elle n’  etait pas recue ou qu’ ils ne comptaient pas dans sa vie .

Et pourtant,  Nina dedicace son autobiographie , » pour leur gentillesse et leur soutien  » , a  Douglas Gording (1887-1960)  journaliste et ecrivain , et egalement a Harold Nicolson (1886-1968)  et cela retient notre attention puisque Harold est  l’ epoux de Vita Sackville-West amie de coeur de Virginia Woolf  et l’ on retrouve donc le Bloomsbury Group .

La lecture de cet ouvrage est un bonheur . Nina nous raconte ses experiences avec humour et simplicite . 

 Par exemple, elle raconte que le jeune Aldous Huxley occupait avec son epouse un appartement dans une residence elegante de Londres et avait pour voisines deux dames d’ un certain age qu’ il trouvait bruyantes . Il ecrivit,  humoristiquement,  a la police pour se plaindre de leurs  » bombinations  » ,  neologisme construit a partir de  » faire la bombe en francais  » .  On lui repondit que ces dames ne pouvaient etre responsables d’ aucune sorte d’ abomination .

.Jamais elle ne se met en avant et l’ on est meme frappe de la generosite qu’ elle temoigne envers le talent des autres peintres qu’ elle rencontre .

Par ailleurs c’ est une bible, un incroyable repertoire de tout ce qui comptait a Paris, Londres et surtout,  n’ oublions pas que Hamnett etait elle aussi une artiste authentique et qu’ elle appartenait sans aucun doute possible a cette extraordinaire veine creatrice du debut du XX eme siecle . Nombre de ses oeuvres sont accrochees dans les musees .

Si cette biographie qui nous conduit jusqu’ a ses quarante ans, nous raconte une vie riche en aventures et assez souvent comiques, helas, son etoile palira avec l’ age venant,  et le reste  de sa vie sera sombre , pour se terminer tragiquement par une mysterieuse defenestration . Elle avait soixante six ans .

(Tous droits réservés)


octobre 2017
L M M J V S D
« Jan    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

miscellaneous

Archives

Commentaires récents

Darie sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
Darie sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
octobre 2017
L M M J V S D
« Jan    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Blog Stats

  • 130,797 hits
%d blogueurs aiment cette page :