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L’ armée immobile

Posted on: 11 novembre 2013

cimetière militaire d' Etaples

cimetière militaire d’ Etaples

John Lavery cimetière d' Etaples 1919

John Lavery cimetière d’ Etaples 1919

La haute dune les abrite
Dans un silence de mort
A l’ entrée une guérite
Le registre des morts

Elle serait rassurante
Cette armée alignée
Allongée
Sur cette douce pente
Parmi l’ herbe rasée

Si l’ on ne savait
Les corps enchevêtrés
Démembrés
Eventrés
Gueules cassées
Sang versé
Sous terre

C’ était hier
Ils ont appelé leur mère
Stupéfaits de leur sort
Au moment de la mort

On les a ramassés
Triés
Classés
Nommés
Ces pauvres corps mutilés

Proprement enterrée
Une armée immobile
Pour l’ éternité

Si proche de l’ enfance
Et sous la stèle blanche
Cent ans après
Son décès
Y-a-t-il une famille
Pour pleurer encore
Le jeune mort

Celui
Qu’ aujourd’ hui
Je choisis
Pour déposer la frêle croix
De bois de balsa

A l’ intersection
De ses branches
En commémoration
Remembrance
Le coquelicot
Comme une tache de sang
La première fleur des champs
A éclore sur les hommes au cordeau
Gisants.

(copyright)

John Lavery, artiste irlandais (1856-1941) a peint le cimetière militaire d’ Etaples à la sortie de la guerre, en 1919.
Ce n’ était alors qu’ un alignement sommaire de sépultures dans la campagne, les dunes, au-dessus de la ligne de chemin de fer Paris-Boulogne.
On distingue le sable et les simples croix de bois.
Quelques années plus tard, la British War Graves Commission, en charge des cimetières militaires, regroupa les sépultures, dessina
le cimetière, avec les stèles, les espaces verts, les arbres, tel qu’ on peut le visiter de nos jours.

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29 Réponses to "L’ armée immobile"

ENFIN … un poème et un vrai !
Et quel éclairage sur ce haut lieu du Corps Expéditionnaire
britannique de la Grande Guerre …
Tant de soldats y sont arrivés, y ont été préparés puis de là,
envoyés au Front, avant d’ y revenir et parfois pour l’ éternité .

Oui Yannick, ce camp a vu passer plus d’ un million de soldats du Commonwealth, il hébergeait jusqu’ à 80 000 hommes en formation avant d’ aller au combat, les Flandres, la Somme et ailleurs.
Deux hˆopitaux aussi et c’ est pourquoi il y a , au cimetière militaire d’ Etaples, des femmes inhumées aussi, le personnel soignant.
Des milliers de stèles…

Quoi … un poème … et alors, de ces Haïku géniaux,
il n’ y en a plus, mais de qui se moque t’ on encore,
liste interrompue comme cela et sans rien annoncer,
quel dommage, c’ est si frais et reflète l’ instant présent,
instinctif et vivant, alors que poème, c’ est plus travaillé
et recherché, léché dirais je même, au diable la Poésie
classique, à moi les Haïku !!!

…Alors là, je suis sans voix !
JAMAIS CONTENT !!!!!!!!!!!!! permettez-moi de vous féliciter, vous ˆetes l’ incarnation mˆeme de l’ éternel insatisfait, j’ espère que vous ˆetes content !

N O N !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Excellent, nous vous aimons pareil à vous-même
JAMAIS CONTENT !!!!!!!!!!

Y’ a intérêt, sinon je vais bouder, pigé ???
Et Monique, elle est où, encore ?

Sur un autre front sans doute !

Je reviens d’un front pour aller sur un autre, plus poétique mais tout aussi solennel, celui-ci. J’ai visité tous les cimetières de Normandie, je suis allée me recueillir devant les croix blanches des Américains tombés pour nous, certains avaient 17 ans.. ils chantaient le plus fort à la Pointe du Hoc, le long des falaises crayeuses qui s’effritaient sous le poids de leur barda, je suis allée aussi sur les tombes allemandes, des croix noires en pierre de lave, tous pareils pour cette jeunesse fauchée en plein vol. Je n’ai pas manqué de m’incliner sur les tombes anglaises (750.000 sont tombés), le pays qui allait nous donner fonds et aides lors de la seconde guerre. Bien sûr j’ai déposé une rose rouge sur les simples croix de bois françaises, même si entretemps, nous avons troqué ces simples croix de bois par d’autres plus solides aux vents et aux pluies. De la Grande Guerre à la Seconde Guerre mondiale, les morts sont les mêmes mais ils étaient plus nombreux enrôlés dans la tourmente.

Un bien bel hommage, chère Dominique, en ce jour qui en fait n’est pas un centenaire mais une vaste récupération politique pré électorale, le vrai centenaire ce sera le 11 novembre 2018, jour de liesse pour ceux qui en revinrent et les familles qui se souviennent. Merci d’évoquer ces gueules cassées, en plus des cœurs brisés, les premiers clients de la chirurgie réparatrice.

Passant moi aussi, sur le Front de la Grande Guerre,
je me suis recueilli devant le Mémorial du 173 ème RI
situé à Esnes en Argonne (Meuse) et je n’ ai pu m’ empêcher
d’ avoir une pensée, pour tous ces jeunes tombés en
ces lieux inconnus et tristes, issus de nos montagnes,
qui de la France, rien ne les prédestinait à découvrir,
tout du moins pour la plupart, s’ ils avaient vécu …
Emouvant, d’ autant que de ces gamins de chez moi,
je les ai aussi retrouvé en d’ autres lieux, sous forme de
plaques commémoratives, ou encore dans les carrés militaires
des cimetières alentour …

L’ Armée immobile, n’ est pas et selon moi, un bon titre …
Les Sables du souvenir serait à mon sens … bien plus joli,
je mets donc cette correction, à débattre .

Cette armée est immobile parce que la vie s’est figée un triste jour de carnage ordinaire. On dit bien « l’Armée des Ombres » pour la résistance de la Seconde Guerre mondiale. Quand on regarde cet alignement de croix, toutes les mêmes, quelque soit l’âge, le nom, le rang, c’est effectivement une armé immobile qui aurait pu être en marche… que de soldats nous ont manqués mais chacun, dans son pays, peut dire la même chose de ses morts
Un hommage au peintre John Lavery qui a su immortaliser avec quel talent ce simple cimetière qui semble scruter la mer car ils venaient de la mer, il y a mis une âme, on voit les couronnes de fleurs et on devine ces femmes qui viennent soigner leurs morts d’une autre façon. Sur la photo du cimetière d’Etaples aujourd’hui, là c’est une armée immobile.

Armée immobile … enfouie sous les Sables du souvenir …
Nous verrons là, ce que notre poétesse en décidera, elle seule,
pouvant se permettre de modifier ou non, son poème, fort
joli et si expressif par ailleurs, Monique .
En Corse toujours, l’ Armata di l’ ombra est un chant, hommage
à nos cagoulés à nous et de la première heure, ceux qui comme
idéal, avaient la Liberté et l’ Indépendance pour leur île, ils sont
tombés de haut, balayés et très vite, par les affairistes de tous bords, ils ont tous raccrochés d’ ailleurs, pour ne pas se pervertir .
L’ évocation du tableau lui même, est superbe et comme vous
dites, on y verrait très bien de ces mères, épouses ou enfants
s’ y recueillir encore, mais à ce jour, ce lieu de souvenir doit
être surtout parcouru par curiosité, mais aussi et heureusement
recueillement, par d’autres, qui étrangers à ceux qui y reposent,
viennent leur adresser un vibrant et ultime hommage,
en passant, tout simplement …

Mais aussi …

Proprement enterrée Proprement enterrée
Une armée immobile Une armée figée
Pour l’ éternité Pour l’ éternité

non oui

Oui, ça c’est très beau mais je remplacerais l’éternité par l’immortalité.
Pour celui qui s’intéresse aux oiseaux, j’ai mis un petit commentaire dans le cercle » La Closerie »,de lamido sur l’article « et nourrir les oiseaux ».

Yannick, ta suggestion est bienvenue et me flatte, elle montre ton intérêt pour ce poème.
Par ailleurs je suis intéréssée de lire les différentes réceptions des poésies issues de ma propre sensibilité.
Ici, je crois que le premier correspond mieux à ce que je souhaite exprimer, mais ton titre est beau.

Alea jacta est …
Errare humanum est …
ZUTus !

Bonjour latiniste distingué, Ars Gratia Artis (l’ Art pour l’ Art).

Merci de la traduction,
dominus minus !

Wilfred Owen, poète anglais tombé au champ d’honneur à 25 ans, le 4 novembre 1918. Sa biographie est très intéressante. Un petit poème selon le traducteur :

m’a semblé que j’échappais à la bataille

Par quelque tunnel profond et sombre, creusé depuis longtemps

Dans des granits qu’avaient voûtés des guerres titanesques.

Mais là aussi, couchés en tas, des dormeurs grognaient

Trop enfoncés dans leurs pensées ou leur mort pour s’émouvoir.

Alors, tandis que je tâtonnais, l’un d’eux bondit et me lança

Un regard fixe où se lisaient reconnaissance et pitié

Et dans ses mains, levées comme pour bénir, la détresse.

A son sourire, je reconnus ce lugubre séjour –

A son sourire mort, je sus qu’ici était l’Enfer.

Mille souffrances dardaient la face de cette apparition,

Mais aucune goutte de sang ne coulait plus ici,

Aucun canon ne cognait, ni ne faisait gémir aucun conduit.

« Etrange ami, dis-je, pour quelle raison te lamentes-tu ?

– Aucune, dit l’autre, sauf les années perdues,

Le désespoir. Quelle que puisse être ton espérance,

Ma vie en était faite aussi. Je chassais gaiement

La plus sauvage beauté du monde

Loin des yeux calmes et des cheveux tressés,

Celle qui méprise le cours régulier des heures

Et quand elle pleure, c’est avec plus de faste qu’ici.

Car par ma joie beaucoup d’hommes auraient ri.

Et de mes sanglots quelque chose est resté,

Qui doit mourir à présent. J’entends la vérité celée,

L’horreur de la guerre, l’horreur qu’elle distille.

Maintenant les hommes se satisferont de notre gâchis

Ou, mécontents, laisseront parler le sang et sront répandus.

Ils seront vifs comme la tigresse.

Aucun ne rompra les rangs, les nations fuiraient-elles le progrès.

J’avais le courage et j’avais le mystère,

J’avais la sagesse et j’avais la maîtrise :

J’aurai manqué le départ en ce monde en retraite

Pour de vaines citadelles auxquelles manquent les murs.

Alors, beaucoup de sang ayant bloqué les roues de leurs chariots,

Je me serais levé, je les aurais lavées à l’eau douce des puits,

A coups de vérités trop profondes pour qu’on les souille.

J’aurais versé mon âme sans hésiter,

Mais pas par mes blessures, pas sur le fumier de la guerre.

Les fronts des hommes ont saigné sans plaies.

Je suis l’ennemi que tu as tué, mon ami.

Je t’ai reconnu dans cette obscurité : car ton regard fut pareil

Hier quand tu me perças, me tuas.

Je parai, mais mes mains étaient lasses et froides.

Dormons, maintenant

Merci BEAUCOUP Monique et je vais aller me documenter.

J’ai donné ce texte tel qu’il est, avec beaucoup de fautes d’orthographe, certainement que le texte en anglais eut été préférable. Votre texte est magnifique !

C’ est parfait Monique, grâce à vous je vais pouvoir chercher l’ original et revoir la traduction, si cela peut, éventuellement, mieux rendre l’ oeuvre.
Je suis contente que mon texte vous plaise, cela compte pour moi.

Bonsoir Dominique , les mots sont durs , presqu´indécents … »éventrés ,
démembrés , les corps enchevêtrés … » et c´était la réalité…. Toutes ces guerres font frémir . C´est très bizarre , mais je pense surtout aux épouses/mères qui tremblaient de peur et d´incertitude . Les souffrances physiques , les angoisses sont terribles , mais je reviens à chaque fois à celles qui les aimaient et tremblaient pour eux .
Je vous poste un poème de Robert Houdelot demain , pour  » écrire  » une page aussi après vous , après le poème de Wilfrid Owen donné par Monique . Ces hommes sont morts seuls souvent , mais ils ne sont pas oubliés en tous cas . Bonne soirée .

Bonjour Darie, c’ est tout le contraste entre ce qu’ il est donné de voir, ces alignements impeccables stèles solides et claires, sur un gazon à l’ anglaise, un ordre irréprochable à perte de vue, et la réalité du champ de bataille.
Il me semble que le tableau de John Lavery, montre bien la transition, en urgence, on inhumait les restes des soldats avec les simples moyens, emplacements marqués de croix de bois.
Et puis, le temps des conflits passé, l’ organisation, les moyens réunis, c’ est le temps de donner aux jeunes hommes une sépulture qui aura également fonction de monument.
Ce cimetière, au fond, c’ est aussi un immense monument aux morts, un hommage à jamais.

Je vous remercie, tout poème et texte de ces soldats a place ici.
Amitié.

Un autre poète anglais célèbre et qui est tombé dans cette tourmente, Rupert BROOKE (1887-1915) , il y a un texte de lui « Le soldat » mais la traduction parait nulle.

Rupert Brooke-Poets.org-Poetry, Poems, Bios et More
http://www.poets.org/rbroo/

Il est cité dans l’Exprès Culture mais aussi sur différents sites relatifs à la Grande Guerre.

« Rupert Brooke, l’ange foudroyé
par Christian Soleil

« Avec Rupert Brooke, l’ange foudroyé, Christian Soleil fait revivre non seulement un des plus grands poètes de son époque mais aussi le monde disparu de l’Angleterre d’avant la Premiere Guerre mondiale. Rupert Chawner Brooke (3 août 1887 – 23 avril 1915) est un poète anglais connu tant pour ses poèmes idéalistes que pour les poèmes qu’il a écrits en temps de paix. Il était aussi connu pour sa beauté juvénile, ce qui amena W. B. Yeats à le décrire comme « le plus beau jeune homme d’Angleterre » (« the handsomest young man in England »).
Brooke voit le jour au 5, Hillmorton Road à Rugby, dans le Warwickshire. Il est le fils de William Parker Brooke, un maître d’école à Rugby, et de Ruth Mary Brooke née Cotterill. Il fut élève à Hillbrow Prep School avant d’être éduqué à la Rugby School.
Tout en voyageant en Europe, il prépare une thèse intitulée John Webster and the Elizabethan Drama, ce qui lui valut une bourse d’études pour King’s College (Cambridge), où il devint un membre des Cambridge Apostles, aida à fonder le club de théâtre « Marlowe Society » et joua dans plusieurs pièces. Brooke se fit des amis parmi un groupe d’écrivains, le « Bloomsbury Group », dont certains membres admiraient son talent, alors que d’autres étaient plus impressionnés par sa prestance. Brooke appartint à un autre groupe littéraire connu sous le nom de « Georgian Poets », et fut le membre le plus important des « Dymock Poets », au nom associé au village de Dymock, dans le Gloucestershire où il passa quelque temps avant la guerre. Il vécut également dans une maison appelée Old Vicarage, à Grantchester (une maison qui est maintenant occupé par Jeffrey Archer et sa femme Mary Archer).

Chère Monique, merci.
Voilà encore grâce à vous du « matériau » , même s’ il est à traduire, pour cet hommage aux poètes combattants du conflit mondial de 14-18.
J’ ai participé il y a quelques années à un « Challenge » dont l’ objet était le Bloomsbury group, on peut le trouver sur ce blog.
Je pourrai donc, bientôt, écrire un billet sur Rupert Brooke qui trouvera aussi sa place dans le classement « Bloomsbury group ».
Amitiés et bise.

Bonsoir Dominique . Voilà le poème annoncé .

– LES VERGERS D´HALLENCOURT –
Salué par des cris de trente mitrailleuses
Le doux printemps rôdait aux vergers d´Hallencourt

Et je m´étais couché dans les herbes joyeuses ,
Ivre d´être si jeune et le cœur plein d´amour .

Je respirais les frais parfums nés de la terre ,
Comme autrefois penché sur un corps bien-aimé .

Et la mort choisissait ceux qui savaient lui plaire ,
La mort , étrange enfant de ce beau mois de mai .

Aux vergers d´Hallencourt , sous les branches fleuries ,
Il est vrai que je fus profondément heureux .

– Hélas ! Je vois partout des tertres , et sur eux
Ce ne sont plus des fleurs , mais des feuilles pourries .

de Robert Houdelot . ( extrait de  » Le Laurier Noir  » )
Le poème mélange le temps des combats , et les moments heureux .
Le contraste se se voit d´une strophe à une autre , comme pour montrer la mort en opposition à la vie .
Hallencourt est une toute petite bourgade de Picardie . Ce n´est pas un nom fictif . Bonne soirée .

Bonjour Darie, merci beaucoup, ce poème est si évocateur !
Je suis toujours contente de tous ces poèmes que vous voulez bien nous donner à connaitre et en ce moment, particulièrement , ceux des combattants de 14-18.

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