happy days

Rue Emile Zola

Posted on: 6 février 2013

Toulouse-Lautrec

Toulouse-Lautrec

Dans l’ quartier on la sait
Sous le nom de Vison
Et pourquoi pas Suzon
Ou bien Lison
Parce que cette femme là
Depuis l’ temps qu’ on la voit
Arpenter la chaussée
D’ la rue Emile Zola
Elle lâche pas sa fourrure
Usée comme une pelure
.

Cette Marie-couche-toi-là
Elle a pas fait fortune
On ne gagne pas des tunes
A s’ mettre horizontale
Et regarder le plafond
.

Puis quand l’ mac
Pique les ronds
On s’ramasse une mandale
Et on dit même pardon
.

Un jour un amerloc
Quand elle était moins moche
Lui fila de l’ espoir
Elle était encore poire
.

Et elle s’ y cru
La cruche
Sa douce étole à poils
Dans les paluches
Elle eut comme la berlue
Un mirage des étoiles
Une star
A elle Sunset boulevard
.

C’ était comme une vision
Son vison
Une apparition
Genre Sainte Bernadette
La grotte à Soubirous
Un bruit de machine à sous
Elle était un peu bête
.

Assise sur sa valise
Dans le vaste hall de gare
Comme une pauvre balise
Avec sa grande détresse
Elle comprit un peu tard
Qu’ elle n’ était qu’ une maîtresse
D’ un hasard
Un vison volé quelque part
.

Alors la sans-nom
S’ en retourna
Rue Emile Zola
D’ une torgnole son mac la baptisa
La Marie Vison
Et puis voilà !
.

La morale de l’ histoire
Il n’ y en a pas
A chacun ses déboires
Et c’ est comme ça.

(copyright)

Publicités

12 Réponses to "Rue Emile Zola"

ah, voilà une autre version de la chanson d’Yves Montand, « la Marie Vison » et c’était du côté de la Chapelle qu’on l’appelait ainsi.

Toulouse Lautrec n’a peint que ces femmes là, dites de petite vertu, avec beaucoup de « tendresse », car elles seules ont semblé le comprendre, lui qui était difforme, mais quel talent !

Quelques-unes ont réussi à se faire épouser par un vieil habitué, mais c’est rare… dans l’ensemble elles finissaient misérablement leur triste vie. Il y a des livres très intéressants sur cette (belle) époque qui ne l’était pas franchement.

Voilà qui change des textes habituels, une petite promenade dna sun autre univers, glauque et misérable. Vous savez que le grand Maurice Chevalier lui, a chanté le « Prosper » :

Quand on voit passer le grand Prosper
Sur la place Pigalle
Avec son beau petit chapeau vert et sa martingale,
A son air malabar et sa démarche en canard
Faut pas être bachelier pour deviner son métier ».

Prosper yop la boum
C’est le chéri de ces dames
Prosper yop la boum
C’est le roi du macadam
Comme il a toujours la flemme
Y n’fait jamais rien lui-même
Il a son « Harem »
Qui de Clichy à Barbés
Le jour et la nuit sans cesse
Fait son petit business
Et le soir, tous les soirs
Dans un coin d’ombre propice
Faut le voir, faut bien l’voir
Encaisser les bénéfices
Il ramasse les billets
Et leur laisse la monnaie
Ah quel sacrifice
En somme c’est leur manager
Et yop la boum, Prosper !
Avec sa belle gueule d’affranchi
Là-haut sur la butte
Ah ! toutes les gonzesses sont folles de lui
Et se le disputent
Y en a qui s’flanquent des gnons
Mais oui ! et se crêpent le chignon
Pendant c’temps voyez-vous
Tranquillement il compte les coups

Prosper yop la boum
C’est le chéri de ces dames
Prosper yop la boum
C’est le roi du macadam
Quand une femme se fait coincer
Par les roussins du quartier
Il la laisse tomber
Et il s’en va carrément
Vers son réassortiment
Dans l’arrondissement
Et quand sur le champ
Elles ne sont pas à la page
Voulant faire comment
Faire leur apprentissage
Dans une ville de garnison
Il les envoie en saison
Faire un petit stage
Il a de la classe et du flair
Et yop la boum, Prosper

Et yop la boum…
Yop la boum…
Dans une ville de garnison
Il les envoie en saison
Faire un petit stage
Il a de la classe et du flair
Et yop la boum, Prosper

Bonjour Caroline et merci pour les informations et le texte de chanson.
Ces femmes méritent le respect comme quiconque de respectable.
Les hommes y trouvent un peu de bonheur,
elles ont un rôle social et il est éternel, « le plus vieux métier du monde.

Par ailleurs, il faut bien que je fasse travailler tous mes « octaves » RIRE
Non ce sont pas des client mais l’ étendue de ma gamme !

un autre aspect de votre talent, j’aime beaucoup !

Bonsoir Dominique

Là vous apparaissez sur un nouveau registre mais avec talent, ce n’est pas facile dans cet exercice de style tout à fait différent.

Je pense ici au Chat Noir, au cabaret, aux grisettes de la Butte, à ce monde perdu de la nuit, les endroits louches et mal fâmés, des gigolos et des proxos (comme disait Mistinguett)… Je ne sais pourquoi mais je pense à la chanteuse Fréhel, qui a loupé le cap hélàs, une voix unique, une belle gosse qui a fini alcoolique et droguée, ramassée entre deux poubelles pour mourir dans la chambre sordide d’un hotel de passe. Il y a un film qui retrace sa vie, mais je pense que ce sera très en dessous de ce qu’à été « Capucine » dans ses meilleurs années..Elle avait une grande qualité, elle était bonne, ce qui l’a perdue.

Une belle rue que cette « Rue Emile Zola », si on en croit Toulouse Lautrec.

Bonjour l’ amie Monique, je suis contente que ce texte fasse resurgir de telles images et revivre tous ces « personnages » !

J’ ai voulu y mettre de l’ humour, mais la face tragique est une réalité.

Bonsoir, mesdames,
Version – belle – extrêmement tragique, sans espoir !
Il y en a une – vraie – avec une certaine classe et dignité, toujours sur le même coin de trottoir et son vison est beau, renouvelé .
Une dame lui apportait des cafés… et un jour elle m’a réconfortée, car en arrivant je vois des échelles de pompiers, et on a bavardé jusqu’à ce que je sois sûre que ce n’était pas chez nous.
Nous nous saluons toujours et sa gentillesse est réelle.
Je ne pense pas qu’elle soit à son compte pourtant- mais quelle vie !

Bonsoir France,
J’ avais une aieule qui tenait un commerce dans un passage à Paris, dans un quartier à l’ époque où il y avait beaucoup de ces femmes.
Il y avait un excellent climat, des relations de bon voisinage et elle allait, dans la journée, boire un café, au tabac du coin, avec ces dames qu’ elle retrouvait
Le jeudi, on allait lui rendre visite et rien ne nous semblait bizarre, c’ était simplement baroque.
Elles nous questionnaient sur nos résultats scolaires.

Baudelaire au aussi aimé ces femmes qui ont su être des amantes mais aussi parfois des mères, dans poèmes épars il dit :

« Si vous la rencontrez, bizarrement parée,
Se faufilant, au coin d’une rue égarée,
Et la tête et l’œil bas comme un pigeon blessé,
Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,

Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d’ordure
Au visage fardé de cette pauvre impure
Que déesse Famine a par un soir d’hiver,
Contrainte à relever ses jupons en plein air.

Cette bohème-là, c’est mon tout, ma richesse,
Ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse,
Celle qui m’a bercé sur son giron vainqueur,
Et qui dans ses deux mains a réchauffé mon cœur »

René-Francois Sully Prudhomme, l’écrit élégamment dans un sonnet titré « Rencontre »:

« Je ne te raille point, jeune prostituée !
Tu vas l’œil provocant, le pied galant et prompt,
À travers le sarcasme et l’ignoble huée :
Ton immuable rire est plus fort que l’affront.

Et moi, je porte au bal le masque de mon front ;
J’y vais, l’âme d’amour à vingt ans dénuée,
Mendier des regards dans la blanche nuée
Des vierges dont jamais les cœurs ne choisiront.

Également parés et dédaignés de même,
Tu cherches ton dîner, moi j’ai besoin qu’on m’aime.
Qui voudra de ton corps ? L’amant heureux te fuit ;

Qui voudra de mon cœur ? L’ange aimé se retire…
Sommes-nous donc voués au glacial délire
Du Désespoir pâmé sur la Faim dans la nuit ? »

Dans ce monde si dur et si misérable, beaucoup d’artistes se sont retournés vers cette consolation, certaines ont des noms qui resteront comme ces grandes cocottes qui étaient des prostituées de luxe tant qu’elles avaient la jeunesse à monayer, des homme s’y sont ruinés !

On peut citer Emilienne d’Alençon…. seule, malade et endettée, Émilienne finit ses jours à Nice ; Renée Vivien avait écrit pour elle ces vers prémonitoires : « Tu te flétriras un jour, ah, mon lys ! / Tes pas oublieront le rythme de l’onde, / ta chair sans désirs, tes membres perdues / ne frémiront plus dans l’ardeur profonde, / l’amour désenchanté ne te connaîtra plus

Bonjour Garance, je vous remercie de nous donner à lire ces textes magnifiques en hommage aux dames de « petite vertu » .
Cette expression est, à mon sens, l’ enveloppe qui contient l’ hypocrisie du monde !

Bonjour Dominique . On ne retient de cette époque-là , à Pigalle , la rue Quincampoix , le Moulin Rouge , le côté  » sympathique  » des personnages , même s´il y avait bien sûr la misère . Les vers de Baudelaire sont très beaux , et c´est grâce à la chanson de Serge Reggiani , que je les ai fini par les savoir par coeur !

Bonjour Darie, contente de vous lire !
Je suppose que la misère cotoyait aussi de bons moments, c’ est humain.
Je me suis mise à lire Baudelaire seulement cet été (shame), cela parait bizarre, mais je n’ y avais jamais pensé.
Et je me rattrape, grâce à wikisource, on peut lire les auteurs passée dans le domaine public, et comme je suis à l’ étranger, je n’ ai pas besoin d’ attendre de faire un saut en France pour acheter les oeuvres.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

février 2013
L M M J V S D
« Jan   Mar »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728  

miscellaneous

Archives

Commentaires récents

Darie sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
Darie sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
février 2013
L M M J V S D
« Jan   Mar »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728  

Blog Stats

  • 130,607 hits
%d blogueurs aiment cette page :