happy days

UN AMOUR EXCLUSIF Johanna Adorjan

Posted on: 30 juillet 2010

978225807955750-adorjan-artikel-210     Johanna Adorjan est nee en 1971 a Stockholm. Elle vit et travaille comme journaliste en Allemagne .

Il s’ agit ici de son premier livre .

exkulsive_liebe      Ecrit en allemand, sous le titre original  « Eine exklusive Liebe  »  il est traduit en francais par Francoise Toraille .

      Ce roman est publie par  » Les Presses de la Cite  » .

Quatrieme page de couverture

    [  » Ce livre raconte l’ histoire de Vera et Istevan, deux juifs hongrois survivants de la Shoah, qui ont fui les emeutes de Budapest en 1956, ont trouve refuge au Danemark et se sont donne la mort a Copenhague en 1991 . C’ est l’ histoire d’ un amour hors du commun . L’ histoire de mes grands-parents .  »

       Johanna Adorjan avait vingt ans quand ses grands-parents se sont suicides . Seize ans apres, elle tente d’ eclairer ce qui les a conduits a accomplir un tel geste . Sa reconstitution minutieuse entrelace l’ evocation de leur derniere journee telle qu’ elle l’ imagine et le recit de leur vie tout entiere . A travers souvenirs et temoignages, elle dessine par touches pudiques le portrait d’ un couple passionnel et desespere, dont le destin a ete modele par le chaos du xx eme siecle . ]

Johanna est devenue une jeune femme  allant vers la quarantaine . Un voile avait ete jete sur les circonstances dramatiques du suicide de ses grands-parents paternels pres de vingt ans auparavant . Pas comme s’ il s’etait agi d’ un secret de famille mais comme s’ il s’ agissait d’ un evenement qu’ il fallait  laisser sedimentariser naturellement avec le temps .

La jeune fille devenue adulte eprouve la necessite de revenir sur ce dimanche 13 octobre 1991 . Cette journee reconstituee a partir de faits connus, completee par l’ imagination de l’ ecrivain  » j’ imagine », ecrit-elle souvent, est la colonne vertebrale , et s’ entrelacent les elements de la vie de ses grands-parents grace aux recits des temoignages recueillis aupres de leurs proches amis ages, de la  famille, ses propres souvenirs, completes par ses reflexions, ses interrogations qui la font aller toujours plus avant dans son enquete, conduite selon une methode journalistique, elle est journaliste . Le ton est pudique, humour, ironie douloureuse et introspection, pas de sentimentalisme . Si l’ evenement la touche au coeur, il est toutefois  ancien .

Elle s’ interroge sur les conditions d’ un suicide, comment se leve -t’ on le matin du jour choisi, un cafe, une musique de Bach a la radio, le doux reveil de l’ epoux adore dont la sante n’ est plus aussi bonne, confier le chien sans en donner la vraie raison, la journee va passer de vie a trepas . Et johanna d’ ironiser douloureusement, le dimanche ce n’ est pas un bon jour pour un suicide , non . Le dimanche, on se repose, on voit les amis, on fait une grande promenade avec le chien . Le lundi on se suicide, oui c’ est plus normal .

En fait, a travers la relation du dernier jour, l’ auteur souhaite connaitre ses aieux et  l’ histoire de leur vie . Elle prend conscience qu’ il y avait une certaine distance entre eux et les enfants . On vouvoie, on ne se met pas a quatre pattes au niveau des petits pour chercher les coiffures noires de Playmobil  sous les meubles, on va a l’ opera . Les enfants sont consideres comme des adultes miniatures .

Le couple etait magnifique, les photos en temoignent, elegance, allure, et tres uni, un amour exclusif, une adoration mutuelle, un couple modele a tous egards .

Elle s’ est souvent demandee comment ces deux belles personnes pouvaient etre de sa famille, ses propres grands-parents . Au fur et a mesure que l’ on va plus avant, on comprend que la jeune femme  cherche a mieux se connaitre a travers leur propre existence qui est, dans une certaine mesure, constitutive aussi de sa propre personnalite, la memoire familiale en non-dit .

Ses recherches la conduiront a revenir sur l’ histoire chaotique et tragique du xx eme siecle en Europe . Vera et Istvan sont parmi le tiers des survivants juifs hongrois, deux-tiers ont ete assassines par les nazis .

Istvan sera pourtant deporte a Mathausen, en camp d’ extermination, Vera accouchera sous une fausse identite, on ne sait comment elle s’ est procuree  les papiers, ils n’ en ont jamais parle   « Mes grands-parents avaient quitte leur ancienne vie comme on ote une veste qu’ on n’ aime plus . » 

 En 1956, ils quittent definitivement la Hongrie pour le  Danemark a la suite des insurrections anti-staliniennes et  l’ arrivee des chars russes en Hongrie .

 Encore un evenement historique qui va bouleverser leur existence, nouveau pays, nouvelle langue, nouvelle culture . Leur volonte de survie a travers l’ assimilation ira jusqu’ a leur faire abandonner toute pratique de la religion juive .

Johanna n’ etait pas consciente de tout cela, elle n’y pensait pas puisqu’ on n’ en parlait pas . Et comment imaginer que ce couple aussi beau, aussi raffine avait  pu traverser l’ enfer et plusieurs fois .

Cette enquete-quete permet a l’ auteur de recadrer certains de ses souvenirs, d’ en rectifier d’ autres, elle ne pourra evidemment reconstituer la vie de Vera et Istvin, mais ce qu’ elle a glane va  lui permettre d’ etayer sa propre vie, elle a trouve sa filiation, elle se decouvre une reelle affinite avec Vera qui se laissait si peu connaitre et a qui elle ressemble tant . Elle le sait maintenant .

Pourquoi se sont-ils suicides, on ne le sait pas vraiment, le syndrome post traumatique jamais traite, le desespoir, la faiblesse croissante d’Istvan, l’ orgueil de partir en beaute, comme ils se sont montres au monde . On l’ignore, mais est-ce si important ?

Dans cette fiction aux allures de temoignage, il s’ agit pour l’ ecrivain de partir a la recherche de sa filiation a travers un cheminement dans le passe . Une enquete forcement douloureuse pour comprendre ses propres racines et sa propre identite recelee dans l’ histoire restee cachee , jusqu’ alors, de ses grands-parents qu’ elle ne connaissait pas .

C’ est une demarche pour mieux construire son avenir et celui de sa propre descendance .

Comment une catastrophe majeure comme la shoah peut-elle affecter les generations suivantes, sans pour autant qu’ elles en soit conscientes . C’ est aussi une revelation pour Johanna .

La deuxieme generation n’ aurait pas ecrit ce livre, la troisieme le peut .

Publicités
Étiquettes : ,

1 Response to "UN AMOUR EXCLUSIF Johanna Adorjan"

Bonsoir Dominique . Je retiens le nom de cette écrivain , et le titre de ce livre . Il me fait penser au livre de Nancy Huston ,  » Lignes de faille  » , qui parle aussi des répercussions des évènements tragiques , sur les générations qui suivent . Celles-ci doivent malgré tout s´efforcer à
prendre du recul , pour ne pas souffrir aussi , et ce n´est pas chose
aisée . Je note l´écrivain en tous cas , pour le lire en français un jour .

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

juillet 2010
L M M J V S D
« Juin   Août »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

miscellaneous

Archives

Commentaires récents

Darie sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
Darie sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
papy yabalou sur Haïku jaune
juillet 2010
L M M J V S D
« Juin   Août »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Blog Stats

  • 130,607 hits
%d blogueurs aiment cette page :