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Ottoline Morrell la vie sur une grande echelle

Posted on: 1 mars 2010

 Miranda Seymour nous propose une excellente biographie d’ Ottoline Morrell  dont le titre varie legerement suivant les editions, soit  » The life on A Grand Scale « , soit  » The life on THE Grand Scale  » , mais il s’ agit bien du meme ouvrage  et cette quotation est prise du journal meme d’ Ottoline, mars 1927,  » To live on the grand scale   » . La premiere edition de cette biographie est de 1992 .

Lady Ottoline  Morrell est , dit-on, connue parce qu’ elle a cotoye , sa vie adulte durant, nombre de personnalites et artistes connus  . C’ est un peu reducteur dans la mesure ou , genereuse de son temps et de ses moyens, elle a largement contribue a propulser nombre de ces artistes qui, sans son aide, n’ auraient peut-etre pas eu la meme audience .

Cela fait partie des mauvais proces qui ont ete fait a  Ottoline , personnage feminin original, audacieux, naif, genereux, a la recherche de l’ affection qui lui a tellement manque quand elle etait enfant .

Miranda Seymour ne cache pas l’ admiration qu’ elle porte a Ottoline, elle a certainement a ce jour redige la biographie la plus precise de Lady Ottoline . En effet, elle a eu acces a nombre de documents qu’ elle a pu traiter pour la premiere fois dans une biographie, entre autres les memoires d’ Ottoline qui avaient ete plus ou moins expurgees et de toute facon, auto-censurees puisque Philip, l’ epoux d’ Ottoline pouvait lire ces memoires, des echanges epistolaires avec differents interlocuteurs et surtout les milliers de lettres, extraordinaire correspondance entre Bertrand Russell et son aimee, qui coure depuis 1911 jusqu’ a la disparition d’ Ottoline en 1938 .

Cette biographie est une aide precieuse pour les chercheurs, mais elle est aussi un magnifique recit qui se lit comme une oeuvre romanesque en costumes d’ epoque, passionnante,  qui nous eclaire aussi cruellement sur la nature humaine, petits crimes psychologiques entre « amis » .

Bien que je commente cet ouvrage dans le cadre du Bloomsbury group Challenge, il faut d’ emblee  me semble-t’ il,  ainsi que le fait du reste Seymour, bien preciser que l’ interet que l’ on peut porter a la vie d’ Ottoline depasse largement l’ etude de ce groupe . Mais, fait d’ importance, cette femme a ete longtemps percue a travers les lentilles deformantes des commentaires et memoires des membres du Bloomsbury Group qui ne sont pas connus pour leur generosite et leur capacite a la gratitude, mais beaucoup plus pour leur amour des ragots et leur aptitude a les faire circuler quitte a les rendre plus interessants au passage .

Comme le dit Seymour, les annales du Group ont longtemps controle l’ image que l’ on se faisait d’ elle depuis sa mort en 1938, alors que ses membres n’ ont  pas joue une part si importante dans son existence .

Par exemple, si l’ on se fonde sur des lettres ou le journal de Virginia Woolf, on voit que cette derniere la meprise, elle la qualifie de menteuse, de garce venimeuse, spectaculaire comme une catin, mais par d’ autres notes, elle la presente comme heroique, fascinante, pure et merveilleuse . Elle rend hommage a son « integrite » ce qui est essentiel dans le discours bloomsburien, voulant signifier par la que l’ on ne cache rien et c’ est d’ autant plus risible que le Group se fachera avec elle lui reprochant, faute impardonnable, de ne pas avoir revele certaines de ses amours .

La biographie est un art difficile, il faut savoit disposer de tout le materiel possible, savoir le traiter et rester autant que faire se peut objectif tout en redonnant chair a l’ objet de son etude . La responsabilite est grande, les lecteurs garderont en memoire l’ image que le biographe aura finalement trace .

Grace au remarquable travail de Seymour, on se rapproche certainement ici de la veritable Ottoline qui vaut d’ etre connue .

 

Lady Ottoline n’ a pas toujours ete cette femme extraordinairement spectaculaire telle qu’ Augustus John la peignit dans les annees vingt .

C’ etait une enfant de l’ ere victorienne puisque nee en 1873, la Reine Victoria achevera son long regne en 1901 .
Cela n’ est pas de moindre importance puisqu’ il lui faudra montrer une exceptionnelle volonte, force de caractere, courage et determination pour vivre la vie qu’ elle choisira de vivre adulte .
Par ailleurs, son origine sociale et son histoire personnelle comme enfant, ne laissaient pas non plus presager d’ un tel destin .

Ottoline Violet Anne Cavendish Bentick est nee en juin 1873, derniere enfant et seule fille d’ Augusta Bentick qui arrivait a la quarantaine , seconde epouse irlandaise et pieuse du Lieutenant-General Bentick , en attente du titre de 6 eme duc de Portland, deja pere d’ un fils de 17 ans d’ un premier lit et de trois autres garcons avec Augusta . Augusta etait elle aussi de famille aristocratique et apparentee par cousinage avec  la famille de la Reine-Mere Elizabeth .

Ottoline adorait son pere qui le lui rendait bien .

Toute jeune, on lui apprit a rechercher la joie a travers les actes de bonte et enfant impressionnable et livree a elle-meme, ses trois freres etaient plus ages, elle se structura par des lectures enfantines edifiantes qui forgerent une partie de sa personnalite .

Son pere mourut brutalement en 1877, laissant la famille sous la responsabilite du fils aine et deux ans plus tard, le jeune homme herita du titre de 6 eme duc de Portland . Il devint « His grace » , et par l’ entremise de Disraeli qui etait redevable d’ un service aux ducs de Portland, Augusta qui n’ avait plus de titre devint  Baroness Bolsover . Les choses s’ arrangent .

Dans ses memoires, Ottoline se decrit  comme une jeune enfant solitaire, timide et triste .

La famille partit vivre a Welbeck, appartenant au domaine du duc de Portland . On dit qu’ elle s’ inspira de ce domaine pour redessiner Garsington Manor en 1915 .

Mais, une dizaine d’ annees plus tard, le jeune duc se maria et Augusta et ses enfants durent quitter le domaine .

Des lors, Ottoline ne vecut que pour prendre soin de sa mere, constamment souffrante, elles voyageront pour sa sante, Ottoline s’ oubliera pour etre l’ esclave d’ une mere abusive qui, Ottoline ne l’ apprendra que bien plus tard,  avait deja deherite sa fille au profit de ses trois fils, elle n’ avait alors que dix ans .

Que va-t’ on faire d’ Ottoline ? Ainsi se posait la question en 1893 apres le deces de sa mere .

 Elle retourna vivre a Welbeck chez son demi-frere et son epouse qui tenterent de lui donner une vie decente de jeune fille, mais a 19 ans, elle n’ avait jamais eu d’ amis, etait confite en bondieuseries, triste orpheline a laquelle on n’ avait jamais appris a prendre soin d’ elle-meme . Elle ne mangeait pratiquement pas et elle commenca a manifester les signes maladifs eprouves par sa mere, des migraines atroces, des desequilibres nerveux et cela dura toute sa vie .

Enfin , elle se mit a frequenter des jeunes filles de son age, des cousines, voyagea en Italie et developpa le gout d’ apprendre, elle qui n’ avait jamais ete instruite serieusement . Elle rencontra des personnes qui l’ aiderent, sorte de figures parentales de substitution, sa beaute etrange commencait a retenir l’ attention . Grande fille d’ un metre quatre-vingt au moins, les cheveux roux dores, une machoire inferieure prognathe, un nez long, des yeux bleus un peu rapproches, elle ne semblait pas deplaire et au lieu de gerer ses particularites, elle commenca a les mettre en valeur par des tenues et des couleurs extravagantes, la veritable Ottoline etait nee . Toutefois, sa foi etait intacte et resta importante dans sa vie .

Eprise de culture, elle s’ inscrivit a l’ Universite de Saint-Andrews en Ecosse et puis a Oxford ou son futur mari , Philip Morrell,  la vit pour la premiere fois, devalant la rue en velo, toute de blanc vetue , l’ air follement libre !

En fevrier 1902 Ottoline epousa Philip Morrell, deux ans apres qu’ il l’ ait vu a Oxford ou sa famille avait un cabinet d’ avocats .

Lui-meme pratiquait son activite de juriste a Bloomsbury, sans conviction, dans une branche de mineure importance du business familial .

C’ etait une union amoureuse pour Philip, raisonnable pour Ottoline qui avait deja connu les deceptions amoureuses et approchait la trentaine, Philip etait d’ un moins bon milieu social . Mais avec Philip, Ottoline savait qu’ elle allait pouvoir vivre sa vie comme elle l’ entendait, sans qu’ on la bouscule ou lui dise ce qu’ elle avait a faire . Philip etait l’ homme de la situation et Ottoline eut l’ intelligence de le comprendre .

En 1906, Ottoline etait enceinte et ils demenagerent de Grosvenor a Bedford Square, dans Bloomsbury, quartier moins cher ou l’ on pouvait trouver de grandes belles maisons a amenager, y vivaient des architectes, medecins, vieux editeurs, ce n’ etait pas encore le lieu de rencontre des artistes . Ils aimaient ce quartier .
Elle accoucha de jumeaux et seule la petite fille survecut, julian, au desespoir de Philip qui avait perdu son frere par suicide et desirait ardemment un fils. Il n’ y eu pas d’ autres enfants et Ottoline fut une mere distante et peu aimante pour Julian .

(redaction en cours … a suivre )

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4 Réponses to "Ottoline Morrell la vie sur une grande echelle"

Vie intéressante en effet. Et quelle mère !
Merci pour cet article.

Bonjour, l’ article est loin d’ etre fini, la bio fait 600 pages ! la vie d’ Ottoline ne fait que commencer … , c’ etait une femme tres inhabituelle qui a ete mal traitee par les bloomsburies et, leurs ecrits relatant de fausses anecdotes pour se rendre interessants entre eux et s’ amuser gratuitement a ses depends l’ ont stigmatisees et marquees de son vivant et apres sa disparition . Elles les a bcp aide, heberges, nourris , les a mis en contact avec les personnalites les plus interessantes de l’ epoque … Vous verrez, quand j’ aurai fini la redaction, vous serez enrichie grace a M. Seymour, l’ auteur, qui a fait un travail remarquable . Helas, cela n’ est pas traduit en francais, c’ est pourquoi je fais un billet un peu exhaustif pour que les lecteurs interesses en profitent quand meme ! Amities. Que faites-vous en ce moment, quels sont vos interets,… et quelle est la fleur blanche sur la photo ? est-ce votre portrait ?

Je trouve cette biographie très intéressante et surprenante, vraiment. C’est tout nouveau pour moi! Je ne connaissais pas du tout cette femme! Merci de donner autant d’indications! Quels portraits remarquables! Surtout le premier, celui d’Augustus John! J’ai hâte de lire la suite!

Bonjour Mango ! Je reviens… et espere finir la redaction de la bio cette semaine . Contente que cela t’ interesse, et merci .

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