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Le torse de Nina

Posted on: 13 janvier 2010

Nina Hamnett ( 1890-1956 )  artiste impliquee dans l’ Omega Workshops du Bloomsbury Group a publie ses memoires en 1932  « Laughing Torso  » .

 » Torso »  est le  titre d’ une sculpture pour laquelle elle avait pose, taillee par Henri Gaudier-Brzeska .

C’ est par Roger Fry  que Nina Hamnett  integra  l’ Omega workshops et y travailla . Roger Fry  realisa plusieurs tableaux de Nina .

Nina est native du Pays de Galles ( 1890)  avec des ancetres canadiens, des officiers de marine . Elle vecut sa prime jeunesse en differents endroits, l’ Irlande, l’Angleterre essentiellement sous la responsabilite d’ une grand-mere qui la surveillait comme le lait sur le feu, sa mere avait quitte le foyer . Tres tot, elle manifesta un talent pour le dessin et le gout de la danse . Son pere sentencieux lui disait quand elle etait fillette, que la place d’ une dame n’ etait pas sur une scene de spectacles,  et qu’ une dame ne  laissait pas approcher  les messieurs . Nous verrons que cette education bourgeoise porta ses fruits .

En 1905, la famille se trouva ruinee et demenagea a Londres pour habiter chez la grand-mere . Le pere de Nina decida qu’ il etait temps qu’ elle gagne sa vie et l’ inscrivit dans une classe de comptabilite ou elle remplit son bloc de dessins mais pas de chiffres . Elle fut renvoyee, qualifiee de « sans avenir » et son pere se resolu a l’ inscrire dans une ecole d’ art .

Une anecdote est revelatrice de son caractere : a cette epoque, elle recut la confirmation et rencontra donc un pretre qui lui demanda de rediger un texte sur les Devoirs envers ses Parents . Nina y mit tellement de nobles et pieux sentiments que l’ homme d’ eglise dit a la grand-mere, emu aux larmes, que la petite avait quelque chose d’ une sainte . Ce fut une revelation pour Nina dans le sens qu’ elle decouvrit qu’ elle avait de reelles dispositions et que si se moquer du monde etait aussi facile, la vie, apres tout, risquait d’ etre plutot amusante .

Elle s’ inscrivit a la Pelham School mais rapidement changea pour la London School of Art ou l’ enseignement etait plus conforme a ses idees . Elle s’ y fit des relations, son talent etait reconnu, elle alla voir Sarah Bernhardt qui se produisait a Londres, sirota de la creme de menthe, s’ initia a la boheme en lisant  » Bohemia in London » ( 1907 ) par Arthur Ransome qu’ elle rencontra et se dit que sa vie commencait . Elle avait 19 ans . ( Arthur Ransome 1884-1967, etait  journaliste et reste celebre  pour sa serie de livres pour enfants  « Swallows and Amazons »,  dont les aventures se passent dans le Lake District, la ou il s’ etait retire a la fin des annees vingt . )

Nina fut invitee par une amie de l’ ecole a passer des vacances en famille a Saint-Petersbourg et en Finlande . Ce fut son premier voyage et plus elle s’ eloignait de l’ Angleterre et de son pere et de sa grand-mere, plus  elle avait le sentiment de s’ eloigner d’ un horrible cauchemar . Elle etait tres malheureuse  chez elle .

En rentrant, sur le bateau,  elle connu une jeune personne qui lui transmit  l’ envie d’ aller a Paris, ce qui fut decisif pour le tour que sa vie allait prendre un peu plus tard .

Le retour a Londres fut penible, son pere la maltraitait et niait violemment ses gouts . Elle se paralysa des mains en reaction a cette violence subie . Aucun traitement n’ y fit et c’ est quand enfin, on reconnut qu’ il lui fallait occuper son esprit comme elle l’ entendait qu’ elle guerit soudainement .

Elle decida de lire et de se cultiver, le seul moyen pensait-elle de rencontrer tous ces gens interessants qu’ elle voulait frequenter .

Elle s’ installa,  chichement,  apres l’ Ecole, vendit quelques dessins, recu un peu d’ argent . Elle fit la connaissance du peintre Mark Gertler, de Dora Carrington dont elle admirait la frange sombre . Carrington avait etudie dans l’ Ecole d’ Art rivale, la Slade School .

Elle fit la rencontre de Sickert, le peintre createur du mouvement du Camden Group,  qui sembla l’ apprecier et monta voir sa production . Il restera un ami et ils s’ aiderent mutuellement .

Elle commenca a exposer, obtint meme de bonnes critiques dans les journaux .

Elle rencontra Henri Gaudier-Brzeska , un tres jeune sculpteur francais qui lui presenta sa  vieille maitresse polonaise comme etant sa soeur et dont il avait ainsi accole le nom au sien .  Elle posa pour lui et  ils deroberent une nuit dans une reserve de tailleurs de pierres tombales un bloc de marbre qui servit a faire le Torso, maintenant a l’ Albert et Victoria Museum .

L’ atelier Omega :  voici comment elle relate son experience .  » Un jour quelqu’ un lui dit qu’ elle pourrait trouver du travail a Fitzroy Square a l’ atelier Omega, pour peindre des meubles et faire des oeuvres de decoration . Le proprietaire etait Roger Fry dont elle connaissait le nom parce qu’ il avait organise la premiere exposition Post-Impressionniste a Londres en 1911 . Un matin, prenant son courage, elle alla a Fitzroy Square et demanda a voir monsieur Fry . C’ etait un homme charmant avec des cheveux gris, et lui dit qu’ elle pourrait venir le lendemain et commencer a travailler . On lui montra comment faire des batiks. Elle etait payee a l’ heure et au bout d’ une semaine, elle se sentait millionnaire . Elle y introduisit Henri qui fit des dessins qui servirent de motifs sur bois  » . Nina a gauche porte un manteau Omega .

A vingt-deux ans, elle se decida a perdre sa virginite, se coupa les cheveux, envoya promener son corset et les baleines et se sentit beaucoup mieux et surtout libre .

Elle alla a Paris, s’ installa dans le quartier de Montparnasse et raconte que le premier soir a la Rotonde, elle voit s’ approcher un beau garcon tenebreux qui lui dit  » je suis Modigliani, juif, jew « , il deplie  son journal et lui montre des dessins a vendre . Elle les trouve beaux, et en achete un pour cinq francs . Ils seront amis jusqu’ a la mort de Modigliani, elle posera pour lui . Elle occupera meme son studio des annees apres sa mort . Un jour, elle etait dans la deche comme souvent, et elle feuillette un des livres de Modigliani qui etait reste la . Elle decouvre un billet de cent francs que sa maitresse avait cache pour que ce pauvre homme n’ aille pas le boire !

Nina rencontrera tous ceux qui etaient a connaitre dans le monde artistique et litteraire entre 1912 et 1930, entre Paris et  Londres, jusqu’ aux russes des Ballets Russes . Elle sera surnommee  » Queen of  Bohemian  »

 Elle retournera a Londres, avec regrets, pendant la guerre, ira travailler a L’ Omega de temps en temps, en faisant remarquer qu’ il n’ y avait pas toujours du travail . Cela confirme que l’ Atelier ne prosperera vraiment que les premiers dix-huit mois de sa creation en 1911 . Elle rencontrera Vanessa Bell dont elle adorait le timbre grave qu’ elle s’ appliquera a imiter, et Duncan Grant .

Si l’ on considere l’ incroyable richesse de l’ index de son autobiographie, on ne trouve mention d’ aucun autre membre du groupe Bloomsbury, bien qu’ elle ait habite ce quartier et travaille a l’ Omega . On peut supposer qu’ elle n’  etait pas recue ou qu’ ils ne comptaient pas dans sa vie .

Et pourtant,  Nina dedicace son autobiographie , » pour leur gentillesse et leur soutien  » , a  Douglas Gording (1887-1960)  journaliste et ecrivain , et egalement a Harold Nicolson (1886-1968)  et cela retient notre attention puisque Harold est  l’ epoux de Vita Sackville-West amie de coeur de Virginia Woolf  et l’ on retrouve donc le Bloomsbury Group .

La lecture de cet ouvrage est un bonheur . Nina nous raconte ses experiences avec humour et simplicite . 

 Par exemple, elle raconte que le jeune Aldous Huxley occupait avec son epouse un appartement dans une residence elegante de Londres et avait pour voisines deux dames d’ un certain age qu’ il trouvait bruyantes . Il ecrivit,  humoristiquement,  a la police pour se plaindre de leurs  » bombinations  » ,  neologisme construit a partir de  » faire la bombe en francais  » .  On lui repondit que ces dames ne pouvaient etre responsables d’ aucune sorte d’ abomination .

.Jamais elle ne se met en avant et l’ on est meme frappe de la generosite qu’ elle temoigne envers le talent des autres peintres qu’ elle rencontre .

Par ailleurs c’ est une bible, un incroyable repertoire de tout ce qui comptait a Paris, Londres et surtout,  n’ oublions pas que Hamnett etait elle aussi une artiste authentique et qu’ elle appartenait sans aucun doute possible a cette extraordinaire veine creatrice du debut du XX eme siecle . Nombre de ses oeuvres sont accrochees dans les musees .

Si cette biographie qui nous conduit jusqu’ a ses quarante ans, nous raconte une vie riche en aventures et assez souvent comiques, helas, son etoile palira avec l’ age venant,  et le reste  de sa vie sera sombre , pour se terminer tragiquement par une mysterieuse defenestration . Elle avait soixante six ans .

(Tous droits réservés)

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